Mais dès qu'une position est nettement définie, elle attire son contraire. Ce que Hegel appelle une négation. La négation de la philosophie des Éléates, ce fut Héraclite qui déclara que « tout s'écoule ». À partir de ce moment il y a une tension entre deux manières de voir diamétralement opposées. Mais cette tension fut conservée, niée, dépassée (subsumée) quand Empé docle affirma que tous les deux avaient à la fois raison et tort.

Je commence à y voir plus clair...

Les Éléates avaient raison en affirmant que rien fonda mentalement ne se transforme, mais ils avaient tort en disant que l'on ne pouvait se fier à ses sens. Héraclite, lui, avait raison de croire qu'on pouvait se fier à ses sens, mais tort quand il disait que tout s'écoule.

Car il n'y avait pas qu'une seule substance élémentaire.

La composition changeait constamment et non les éléments eux-mêmes.

Très juste. Le point de vue d'Empédocle qui a départagé les deux points de vue opposés, c'est ce que Hegel a appelé la négation delà négation.

Oh ! la la ! quel terme !

Il a qualifié les trois stades de la connaissance de thèse, antithèse et synthèse. Ainsi tu peux dire que le rationalisme de Descartes était une thèse qui fut contredite par l'antithèse empirique de Hume. Mais cette contradiction, cette tension entre deux différents modes de pensée, fut niée et en même temps conservée dans la synthèse de Kant. Kant donna raison à la fois aux rationalistes et aux empiristes sur des points précis tout en montrant leurs erreurs respectives sur des points importants. Mais l'histoire ne s'arrêta pas avec Kant La syn thèse de Kant devint à son tour un nouveau point de départ pour une nouvelle chaîne de pensées composée de ces trois maillons que Hegel qualifie de triade. Car la synthèse elle aussi va être contredite par une nouvelle antithèse.

C'est bien théorique, tout ça.

Effectivement, c'est très théorique, mais Hegel ne veut pas appliquer un quelconque « schéma » à l'histoire. Il s'était borné à mettre à nu certaines lois qui régissent le développe ment de la raisonou de l'Esprit du mondeà travers 1 his toire. Du reste, la dialectique de Hegel ne s'applique pas seule ment à l'histoire. Quand nous discutons ou voulons expliquer quelque chose, nous pensons de manière dialectique. Nous essayons de déceler les défauts de l'argumentation : c'est ce que Hegel nomme « penser négativement ». Mais quand nous criti quons un mode de pensée, nous voulons conserver aussi ce qu'il a de bon.

Par exemple ?

Quand un socialiste et un homme de droite s'assoient autour de la même table pour résoudre un problème de société, il y aura forcément une tension entre deux façons de voir les choses, ce qui ne veut surtout pas dire que l'un a entièrement raison et l'autre entièrement tort. Au contraire, tout porte à croire que tous deux ont un peu tort et un peu raison. Au cours de la discussion, on ne retiendra finalement que les éléments positifs de chaque point de vue.

Je l'espère.

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