— La conscience fait partie du surmoi, mais pour Freud le surmoi nous prévient quand nous avons des désirs « sales » ou « de mauvais goût ». Cela concerne surtout, il va sans dire, les désirs érotiques ou sexuels. Et, comme je l'ai dit, Freud souli gna le fait que ces désirs déplacés ou « pervers » étaient déjà latents au stade de l'enfance.
— Explique !
— Nous savons et nous voyons aujourd'hui que de tout jeunes enfants aiment toucher leurs organes sexuels. Il suffit
d'aller sur n'importe quelle plage pour s'en rendre compte. À l'époque de Freud, l'enfant de deux ou trois ans recevait en général une petite tape sur les doigts accompagnée de : « Oh ! le vilain petit garçon! » ou : « Tu n'as pas honte? » ou encore : « Allez, mets tes mains bien à plat sur le drap ! »
— Mais c'est complètement fou !
— On crée de cette façon un sentiment de culpabilité lié à tout ce qui a trait aux organes sexuels et à la sexualité. Et comme ce sentiment de culpabilité reste dans le surmoi, beau coup de personnes (Freud pense qu'il s'agit en fait de la majo rité) vivront toute leur vie avec ce sentiment de culpabilité lié à la sexualité, alors que les désirs et les besoins sexuels font partie intégrante du corps de l'homme tel qu'il a été conçu. D'où, ma chère Sophie, l'éternel conflit entre le désir et la culpabilité.
— Tu ne crois pas que ce conflit est quand même devenu moins violent depuis l'époque de Freud?
— Très certainement. Mais un grand nombre des patients de Freud vécurent ce conflit de manière si dramatique qu'ils déve loppèrent ce que Freud appelle des
— Je comprends mieux ce que tu as voulu dire tout à l'heure en parlant d'« archéologie de 1 âme ».
— Nous pouvons à ce stade brosser un tableau de l'âme humaine en général. Après des années d'expérience au contact de ses patients, Freud parvint à la conclusion que la conscience de l'homme ne constitue qu'une infime partie de l'âme humaine. Ce qui est conscient peut se comparer à la partie émergée de l'iceberg. Sous la surface de l'eau — en deçà de la
conscience — il y a tout ce dont nous ne sommes pas conscients, le
— L'inconscient, c'est donc ce que nous avons en nous, mais que nous avons oublié et dont nous ne pouvons plus nous sou venir?