— Toutes nos expériences ne sont pas présentes en perma nence dans notre conscience. Mais toutes les pensées ou les expériences qui peuvent nous revenir en mémoire, pour peu que nous nous donnions la peine de nous concentrer, forment ce que Freud appelait le
— Je comprends.
— Ce mécanisme fonctionne chez tous les êtres en bonne santé. Mais certains doivent déployer de tels efforts pour refou ler des pensées dérangeantes ou interdites qu'ils finissent par éprouver de réelles souffrances nerveuses. Car le refoulé tente constamment de remonter à la conscience et les personnes s'épuisent à maintenir cet équilibre artificiel entre leurs désirs et la réalité. Lorsque Freud fit des conférences aux États-Unis en 1909, il cita un exemple de ce mécanisme de refoulement
— Eh bien, je t'écoute.
— Il dit à ses auditeurs qu'il fallait s'imaginer la présence d'un élément perturbateur dans la salle qui en riant, en inter venant à tout bout de champ et en frappant du pied, gênerait son exposé au point d'obliger l'orateur à s'arrêter. Quelques solides gaillards se lèveraient probablement pour conduire
—Je reconnais que c'était une bonne image en effet
— Mais le « trouble-fête » n'a pas dit son dernier mot, Sophie. C'est en tout cas ce qui se passe avec les pensées et les pulsions refoulées. Nous vivons sous la pression constante de ces pensées refoulées qui essaient de se frayer un chemin jusqu'à la conscience. C'est pourquoi il nous arrive souvent d'avoir « la langue qui fourche », c est-à-dire de faire des
— De quelle manière ?
— Freud met au jour différents mécanismes de cet ordre. Il y a d'abord ce qu'il appelle les mauvaises réactions. Nous disons ou faisons de nous-mêmes quelque chose que nous avons autre fois essayé de refouler. D cite l'exemple de cet ouvrier qui devait un jour porter un toast à son patron. Le problème, c'était que personne n'aimait ce patron. Il était même ce que certains qua lifient sans hésiter de « salaud ».
— Oh!