En courant sur le sentier du retour, elle fît quelques cabrioles audacieuses, puis essaya de marcher comme un automate. Pour varier un peu, elle se mit aussi à chanter à tue-tête.
À un moment, elle marqua une pause et essaya de deviner ce
que pouvait bien manigancer Alberto. Mais elle eut tôt fait de se ressaisir et grimpa dans un arbre, tellement elle avait mau vaise conscience.
Sophie grimpa aussi haut qu'elle put. Mais une fois parve nue presque au sommet, elle dut s avouer qu'elle était bien incapable de redescendre. Elle allait encore essayer, mais en attendant, il fallait bien trouver quelque chose. Sinon le major risquait de s'ennuyer et de tourner son regard du côté d'Alberto pour le surveiller.
Sophie fît semblant de battre des ailes, elle tenta même de lancer de vaillants « Cocorico » comme si elle était un coq et finit par pousser des « Tralala itou » à la manière des Bavarois. C'était la première fois de sa vie qu'elle vocalisait ainsi et, vu le cadre, elle n'était pas mécontente du résultat.
Elle voulut descendre par une autre voie, mais elle était bel et bien coincée. C'est alors qu'un gros jars gris vint se poser sur une des branches auxquelles s'accrochait Sophie. Après le défilé des personnages de Walt Disney, elle ne fut pas étonnée le moins du monde d'entendre le jars se mettre à parler.
— Je m'appelle Martin, dit le jars. D'habitude, je suis un jars apprivoisé, mais je viens tout spécialement pour l'occasion avec les oies sauvages du Liban. On dirait que tu as besoin d'un coup de main pour redescendre de l'arbre.
— Mais tu es beaucoup trop petit pour m'aider, répondit Sophie.
— Conclusion bien hâtive, ma petite dame. C'est toi qui es trop grande.
— Ça revient au même.
— Je te signale à titre d'information que j'ai transporté un petit garçon de ton âge qui habitait dans une ferme à travers toute la Suède. Il s'appelait Nils Holgersson.
— Moi, j'ai quinze ans.
— Et Nils avait quatorze ans. Une année de plus ou de moins, ça n'a pas grande importance pour le transport.
— Comment as-tu réussi à le soulever?
— Il a reçu un petit coup de massue sur la tête qui l'a fait s'évanouir et, quand il a repris connaissance, il n'était pas plus grand qu'un pouce.
— Tu n'as qu'à me donner un petit coup à moi aussi, car je ne vais tout de même pas rester indéfiniment dans cet arbre. De
plus, j'ai organisé une garden-party philosophique samedi prochain.
— Tiens, ça m'intéresse ce que tu viens de dire. Alors je sup pose que ceci est un livre philosophique. Quand j'ai survolé la Suède avec Nils Holgersson, on a atterri un jour à Marbacka dans le Vârmland. Nils a fait là-bas la rencontre d'une vieille femme qui, toute sa vie, avait rêvé d'écrire un livre sur la Suède à l'intention des écoliers. Il fallait que ce soit un livre à la fois instructif et véridique. En écoutant Nils lui raconter ses aven tures, elle a décidé de rédiger un livre sur son voyage sur le dos du jars.
— C'était pas mal comme idée.