Mais non, pas chez moi En plus, il y a une de ces pagailles ! J'ai tout mis sens dessus dessous pour vérifier s'il n'y avait pas de micros cachés.

Oh!

Non, il y a un nouveau café qui vient d'ouvrir juste en face de la place du Marché : le café Pierre. Tu vois il est?

Oui. À quelle heure on se donne rendez-vous ?

Disons... à midi?

D'accord, à midi au café.

Alors je t'en dirai plus tout à l'heure.

Salut!

Peu après midi, Sophie fit son entrée au café Pierre. C'était un de ces nouveaux lieux à la mode avec des tables de bistrot et des chaises noires. Derrière le comptoir s'alignaient des bou teilles d'alcool la tête en bas avec un bec verseur, des baguettes beurrées et des portions de salade individuelles.

La salle n'était pas très grande et la première chose qui sauta aux yeux de Sophie, c'était qu'Alberto n'était pas . Il y avait foule et elle dévisagea rapidement chaque personne dans l'espoir de le découvrir parmi tout ce monde.

Elle n'avait pas l'habitude d'aller seule au café. Peut-être valait-il mieux qu'elle ressorte et revienne voir un peu plus tard s'il était arrivé ?

Non, finalement elle alla au comptoir et commanda un thé citron, Puis elle emporta sa tasse et s'assit à une table libre en gardant les yeux fixés sur la porte d'entrée par entraient et sortaient beaucoup de gens. Mais Alberto ne venait pas.

Si au moins elle avait eu un journal !

Pour s'occuper, elle finit par jeter un coup d'œil autour d'elle. Elle eut droit à quelques regards en retour et tout à coup Sophie se sentit promue au rang de jeune femme. Elle n'avait que quinze ans, mais en paraissait bien dix-sept... ou disons seize et demi.

Que pouvaient bien penser tous ces gens assis au café de leur existence? Ils semblaient se trouver par hasard, ils avaient vu la porte ouverte et étaient entrés. Ils discutaient et gesticu laient, mais leurs sujets de conversation paraissaient complète ment futiles.

D lui revint en mémoire une phrase de Kierkegaard disant qu'une des caractéristiques les plus significatives de la foule était ce « verbiage ». Est-ce que tous ces gens vivaient au stade esthétique? Ou y avait-il quand même quelque chose d'existen- tiellement important pour eux?

Dans une de ses premières lettres, Alberto avait écrit qu'il y avait une parenté entre les enfants et les philosophes. De nou veau, Sophie sentit qu'elle avait peur de devenir adulte. Et si elle aussi choisissait de vivre bien enfouie dans la fourrure du lapin blanc qu'on avait fait sortir du chapeau haut de forme de l'univers?

Elle n'avait pas quitté des yeux la porte d'entrée depuis un bon moment lorsqu elle aperçut enfin Alberto qui se précipita à l'intérieur. On avait beau être en été, il avait gardé son béret noir sur la tête. Il portait une veste longue avec un motif gris. Il la repéra immédiatement et alla vite la rejoindre. Sophie se ren dit compte qu'ils ne s'étaient encore jamais donné rendez-vous dans un lieu public.

Tu as vu l'heure ? Il est midi et quart, espèce de goujat !

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