Sur la table étaient disposés du poulet froid, des assiettes^ de salade, des petits pains au lait et une longue tresse de pain. À la cuisine attendaient les brioches, les gâteaux à la crème, les pal miers et le gâteau au chocolat, mais elles avaient déjà mis au centre de la table le gâteau d'anniversaire, une pièce montée avec vingt-quatre anneaux en macaron. Tout en haut trônait une figurine de communiante. La mère de Sophie avait eu beau dire qu'il pouvait tout aussi bien s'agir d'une fille de quinze ans qui n avait pas fait sa communion, il était clair pour Sophie que sa mère tentait par ce biais de transformer la réception en une sorte de fête de communion.
— Tu vois que je n'ai lésiné sur rien, répéta sa mère à plu sieurs reprises.
Les premiers invités arrivèrent. Ce furent d'abord trois filles de la classe, en chemisettes d'été, avec des pulls légers, des jupes longues et les yeux légèrement maquillés.
Puis ce fut le tour de JQrgen et de Lasse qui passèrent la porte du jardin, un peu gênés mais affichant tout de même une certaine arrogance toute masculine.
— Salut ! Bon anniversaire !
— T'es adulte maintenant !
Sophie remarqua tout de suite que Jorunn et JOrgen se dévi sageaient à la dérobée. L'air était lourd. Il faut dire que c'était le soir de la Saint-Jean.
Tous avaient apporté des cadeaux, et puisque c'était une réception philosophique en plein air, la plupart des invités s'étaient interrogés sur ce qu'était la philosophie avant de venir. A défaut de trouver des cadeaux philosophiques, ils s'étaient du moins creusé la tête pour écrire quelque chose de philosophique sur la carte. Sophie reçut un dictionnaire de phi losophie et un petit carnet intime qu'on pouvait fermer à clé sur lequel était écrit : « notes philosophiques personnelles ».
Au fur et à mesure que les invités se pressaient dans le jar din, on servit du jus de pomme dans de vrais verres à vin. C'était la mère de Sophie qui s'occupait du service.
— Soyez tous les bienvenus... Comment vous appelez-vous, jeune homme?... Je ne crois pas vous avoir déjà rencontré... Oh ! Cécile, comme c'est gentil à toi d'être venue !
Une fois que tous les jeunes se furent retrouvés et alors qu'ils étaient en train de discuter sous les arbres fruitiers, un verre à la main, la Mercedes blanche des parents de Jorunn se gara devant la maison. Le conseiller financier portait un costume gris à la coupe impeccable, sa femme un ensemble-pantalon rouge rehaussé de paillettes bordeaux. Sophie n'aurait pas été étonnée si elle avait d'abord acheté une poupée Barbie avec ce costume et avait demandé ensuite à une couturière de lui faire le même ensemble. Ou alors il y avait une autre possibilité. Le conseiller financier avait pu acheter la poupée puis demander à un magicien de la métamorphoser en une femme en chair et en os. Mais c'était trop tiré par les cheveux.
Quand ils sortirent de la Mercedes et arrivèrent dans le