Merci, ce n'était pas grand-chose. Sophie et moi-même avons mené ces dernières semaines une grande recherche philo sophique. Nous aimerions, ici et maintenant, vous communi quer les résultats de notre travail. Nous allons vous révéler le plus grand des secrets concernant notre existence.

Tout le monde s'était tu, on pouvait de nouveau entendre le chant des oiseaux, sans compter quelques bruits étouffés du côté des groseilliers.

Continue ! dit Sophie.

Après des recherches philosophiques approfondies qui se sont étendues des premiers philosophes grecs jusqu'à aujourd'hui, nous sommes en mesure d'affirmer que nos vies se déroulent dans la conscience d'un major. Il est actuellement en poste comme observateur de l'ONU au Liban, mais il a aussi écrit un livre sur nous, pour sa fille qui habite à Lillesand. Elle s'appelle Hilde MOller knag et a eu quinze ans le même jour que Sophie. Ce livre qui parle de nous tous, elle l'a trouvé en se réveillant sur sa table de nuit, le matin de son anniversaire, le 15 juin. D s'agit d'un grand classeur, pour être plus précis. A cet instant, elle sent sous ses doigts qu il ne lui reste plus beau coup de pages à lire.

Une vague de nervosité avait gagné l'assistance.

Notre existence n'est donc ni plus ni moins qu'une forme distrayante de cadeau d'anniversaire pour Hilde MOller Knag. Nous sommes tous inventés pour servir de décor à un cours de philosophie destiné à sa fille. Ce qui revient à dire que la Mercedes blanche garée devant la porte ne vaut pas un clou. Cela en soi n'a aucune espèce d'importance. Elle est comme toutes ces Mercedes qui roulent dans la tête de ce pauvre major de l'ONU qui vient de s'asseoir sous un palmier

E

our éviter une insolation. Les journées sont chaudes au

iban, mes amis.

C'est insensé ! s'exclama à cet instant le conseiller finan cier. Qu'est-ce que c'est que ces histoires à dormir debout?

La parole est naturellement libre, continua Alberto, impassible. Mais la vérité, c'est que toute cette réception est une histoire à dormir debout La seule petite once de raison se trouve dans ce discours.

Le conseiller financier se leva alors et déclara :

C'est bien la peine d'essayer de se couvrir avec une assu rance tous risques. Vous allez voir que ce poseur va vouloir tout détruire au nom de prétendues affirmations « philoso phiques » !

Alberto fit un signe approbateur et ajouta :

Rien ne résiste à ce genre d'analyse philosophique. Nous parlons de quelque chose de bien pire que les catastrophes naturelles, monsieur le conseiller financier. Qui, d'ailleurs, ne sont pas couvertes, elles non plus, par les compagnies d'assu rances.

Il ne s'agit nullement ici d'une catastrophe naturelle.

Non, c'est une catastrophe existentielle. Il suffit de jeter un coup d'odl derrière les groseilliers pour s'en persuader. On ne peut pas s'assurer contre le fait qu'un jour toute son exis tence s'effondre. On ne peut pas non plus contracter une assu rance pour éviter que le Solefl ne s'éteigne.

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