— Bah ! Personne ne peut nous entendre.
— Ma chère Sophie, après tous les cours de philosophie que je t'ai donnés, ces conclusions hâtives me déçoivent de ta part.
— Mais...
— Tu ne crois tout de même pas que cet endroit est totale ment dépourvu de lutins, de trolls, d'esprits des bois et de bonnes fees ?
— Oh, pardon !
Ils traversèrent la porte du jardin et remontèrent l'allée de gravier devant la maison. Alberto gara la voiture sur la pelouse a côté de la balancelle. Un peu phis loin dans le jardin, une table était dressée pour trois personnes.
— Je la vois! chuchota Sophie. Elle est en bas sur la jetée, exactement comme dans mon rêve.
— Vois-tu à quel point ce jardin ressemble au tien, allée des Trèfles?
— Oui, c'est vrai. La balancelle et tout. Je peux aller la retrouver?
— Évidemment Je t'attends ici...
Sophie courut vers la jetée. Elle faillit trébucher et bousculer Hilde, mais elle se calma et s'assit tranquillement à côté d'elle.
Elle était en train de jouer avec les amarres d'une barque attachée à l'embarcadère. Dans la main gauche, elle tenait un petit papier. Il était clair qu'elle attendait. Elle regarda plu sieurs fois sa montre.
Sophie trouva qu'elle était si belle ! Ses longs cheveux blonds tombaient en boucles sur ses épaules et ses yeux brillaient d'un bel éclat vert clair. Elle portait une robe d'été jaune. Elle lui fai sait un peu penser à Jorunn.
Sophie essaya de lui dire quelque chose, bien qu'elle sût que c'était inutile.
— Hilde ! C'est moi, Sophie !
Aucune réaction.
Sophie se mit à genoux et essaya de lui crier dans les oreilles :
— Tu m'entends, Hilde? Ou est-œ que tu es sourde et aveugle?
Il lui sembla lire un certain étonnement dans son regard.
N'était-ce pas le signe qu'elle avait entendu quelque chose, même très faiblement?
Hilde se retourna, fit un brusque mouvement de tête sur la droite et regarda Sophie droit dans les yeux. Mais son regard ne faisait que la traverser, à la recherche d'autre chose.
— Pas si fort, Sophie !
C'était Alberto qui lui parlait de là-haut, à côté de la voiture de sport rouge.
— Je ne veux pas voir ce jardin envahi par des sirènes.
Sophie resta sflencieuse. Elle était heureuse de pouvoir enfin
être assise à côté de Hilde.
Soudain, on entendit une grave voix d'homme :
— Ma petite Hilde chérie !
C'était le major, en uniforme et avec son béret sur la tête. D était là-haut dans le jardin.
Hilde bondit sur ses pieds et courut à sa rencontre. Entre la balanœlle et la voiture de sport rouge, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Puis il la fît tournoyer dans les airs.
Hilde avait finalement décidé d'attendre son père sur la jetée. Depuis que son père avait atterri sur le sol norvégien, elle s'était mentalement représenté, au quart d'heure près, ses moindres faits et gestes ainsi que ses réactions. Elle avait noté tous ses horaires sur un bout de papier qu'elle n'avait pas lâché de la journée.
Et s'il se mettait en colère? Mais il devait bien se douter qu'après lui avoir écrit un livre aussi étrange les choses ne pouvaient plus être comme avant.
Elle regarda encore une fois sa montre. Il était dix heures et quart. Il devait arriver d'un instant à l'autre.
Mais qu'est-ce que c'était? N'entendait-elle pas un faible souffle, tout comme dans le rêve de Sophie ?