On mentionnait dans l'Antiquité quelque cent soixante-dix titres écrits par Aristote. Parmi ces écrits, quarante-sept d'entre eux seulement ont pu être conservés. Il ne s'agit pas de livres achevés, car les écrits d'Aristote sont le plus souvent de simples notes devant servir à ses cours. N'oublions pas qu'à l'époque d'Aristote aussi la philosophie était avant tout une activité orale.

La culture européenne doit à Aristote l'élaboration d'un lan gage scientifique propre à chacune des sciences, ce qui n'est pas rien ! D M le grand systématicien qui fonda et ordonna les dif férentes sciences.

Comme Aristote a écrit sur toutes les sciences, je vais me contenter de passer en revue les domaines les plus importants. Et puisque je t'ai longuement parlé de Platon, tu vas apprendre quelle était son opinion à propos de la théorie de ce dernier. Après nous verrons comment fl a développé sa propre philoso phie. Aristote commença par résumer ce que les philosophes de la nature avaient dit avant lui, puis il mit de l'ordre dans nos concepts et fonda la logique comme science. Enfin, je te dirai quelques mots de la conception d'Aristote sur l'être humain et la société.

Si tu acceptes ces conditions, il ne nous reste plus qu'à remonter nos manches et nous mettre au travail.

Aucune idée innée

Comme les philosophes avant lui, Platon voulait définir quelque chose d éternel et d'immuable au sein de tous les chan gements. Aussi inventa-t-il les idées parfaites qui planent au- dessus du monde des sens. Platon pensait d'ailleurs que les idées étaient plus réelles que les phénomènes naturels. Il y avait

d'abord l'idée du cheval, puis tous les chevaux du monde arri vaient au trot et défilaient en ombres chinoises sur le mur de la caverne. L'idée de la poule venait donc tout à la fois avant la poule et avant l'œuf.

Aristote trouva que Platon avait posé le problème à l'envers. D reconnaissait avec son maître que le cheval pris séparément « flottait » et qu'aucun cheval ne vivait éternellement. Il recon naissait aussi que la forme du cheval est éternelle et immuable. Mais l'idée du cheval est seulement un concept que nous autres hommes avons créé après avoir vu un certain nombre de che vaux. L'idée ou la « forme » du cheval n'existe pas en soi. La « forme » du cheval est constituée, selon Aristote, par les quali tés propres du cheval, ce qu'en d'autres termes nous appelons \ espèce cheval.

Précisons : quand Aristote emploie le terme de « forme », il veut dire ce qui est commun à tous les chevaux. Ici, l'image avec les moules de petits bonshommes de pain d'épices n'est plus valable, car les moules de ces gâteaux existent indépendamment des bonshommes de pain d'epices qu'on forme grâce à eux. Selon Aristote, il n'existe pas de tels moules qui seraient pour ainsi dire stockés sur une étagère en dehors de la nature. Les « formes » sont pour Aristote présentes dans les choses comme la somme de leurs qualités particulières.

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