Aristote n'est donc pas d'accord avec Platon quand celui-ci affirme que l'idée de poule précède la poule. Ce qu'Aristote appelle la « forme » de la poule est présent dans chaque poule, ce sont ses qualités spécifiques, comme celle par exemple de pondre des oeufs. Vu sous cet angle, la poule proprement dite et la « forme » de la poule sont tout aussi indissociables que l'âme et le corps.

Cela posé, nous avons en fait résumé l'essentiel de la critique d'Aristote vis-à-vis de la théorie de Platon. Remarque cepen dant que nous sommes à un moment clé de l'histoire de la pen sée. Pour Platon, le plus haut degré de réalité est constitue par ce que nous pensons grâce à notre raison. Pour Aristote, c'était une évidence que le plus haut degré de réalité était ce que nous percevons avec nos sens. Platon pensait que tout ce que nous voyons autour de nous n'est qu'un reflet de quelque chose qui au fond a plus de réalité dans le monde des idées et, par consé quent, dans l'âme humaine. Aristote pense exactement le

contraire : ce qui est dans l'âme humaine n'est qu'un reflet des objets de la nature. C'est la nature et elle seule qui constitue le vrai monde. Platon reste prisonnier, selon Aristote, d'une vision du monde mythique l'homme projette ses représentations et les substitue au monde réel.

Selon Aristote, rien ne peut exister dans la conscience qui n'ait d'abord été perçu par nos sens. Platon, lui, aurait dit qu'il n'y a rien dans la nature qui n'ait d'abord existé dans le monde des idées. Aristote trouvait que de cette façon Platon « doublait le nombre des choses ». Il expliquait le moindre cheval en recourant à l'idée du cheval. Mais quel genre d'explication est- ce, Sophie? D' vient donc l'idée du cheval ? Il existe peut-être un troisième cheval, alors, dont l'idée de cheval ne serait qu'une copie?

Aristote pensait que toutes nos idées et pensées avaient leur origine dans ce que nous voyons et entendons. Mais nous nais sons aussi avec une raison. Certes, nous n'avons pas d'idées innées au sens l'entendait Platon, mais nous avons une faculté innée de classer toutes les impressions de nos sens en différents groupes et catégories. Ainsi jaillissent les concepts de « pierre », « plante », « animal » et « homme » comme ceux de « cheval », « homard » et « canari ».

Aristote ne nie aucunement que l'homme soit doué de rai son. Bien au contraire, la raison est selon Aristote le signe dis- tindif de l'homme. Mais notre raison est toute vide avant que nos sens ne perçoivent quelque chose. Un être humain n'a donc pas selon lui d'idées innées.

La forme d'une chose, c'est l'ensemble de ses caractéristiques spécifiques

Après avoir déterminé sa position vis-à-vis de la théorie de Platon, Aristote constate que la réalité est composée de diffé rentes choses qui, prises séparément, sont elles-mêmes compo sées déforme et de matière. La « matière », c'est ce dont la chose est faite, tandis que la « forme » est la somme de ses qua lités particulières, spécifiques.

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