tomber à terre. La poule ne peut pas plus s'empêcher de caque ter que la pierre de tomber sur le sol. Tu peux bien entendu soulever une pierre et la jeter très haut en l'air, mais parce qu'il est dans la nature de la pierre de chuter, tu ne pourras jamais la lancer jusqu'à atteindre la Lune. (Prends d'ailleurs garde si tu fais cette expérience, car la pierre peut chercher à se venger. Elle revient le plus vite possible sur la terre et gare à qui elle trouve sur sa trajectoire !)

La cause finale

Avant d'en finir avec cette « forme » que toutes les choses vivantes et inanimées possèdent et qui révélé ce que ces choses sont en puissance, j'aimerais ajouter qu'Aristote avait une conception tout à fait étonnante des phénomènes de causalité dans la nature.

Quand nous parlons aujourd'hui de « cause », nous cher chons à comprendre comment telle ou telle chose s'est produite. La vitre a été cassée parce que Peter a jeté un caillou contre elle, une chaussure est fabriquée parce que le bottier coud ensemble des morceaux de cuir. Mais Aristote pensait qu'il y a plusieurs sortes de causes dans la nature. Il en distingue quatre en tout. Il est tout d'abord essentiel de comprendre ce qu'il entendait par « cause finale ».

Quand il s'agit de la vitre cassée, il est légitime de demander pourquoi Peter a lancé un caillou contre elle. Nous voulons savoir quelle était son intention. Que le but ou le « dessein » entre aussi enjeu dans la fabrication de la chaussure, cela va de soi. Mais Aristote appliquait aussi cette « intention » aux phénomènes naturels. Un exemple va nous éclairer sur ce dernier point :

Pourquoi pleut-il, Sophie? Tu as certainement appris en classe qu'il pleut parce que la vapeur d'eau contenue dans les nuages se refroidit et se condense en gouttes de pluie qui tom bent sur la terre en vertu de la loi ae la pesanteur. Aristote n'aurait rien trouvé à redire à cela. Mais il aurait ajouté que trois causes seulement sont mises en lumière avec cette explica tion. La « cause matérielle » est que la vapeur d'eau réelle (les nuages) se trouvait précisément quand l'air se refroidit La « cause efficiente » est que la vapeur d'eau se refroidit, et la « cause formelle » est que la « forme » ou la nature de l'eau est de tomber (patatras!) sur la terre. Si tu n'avais rien dit de plus, Aristote, lui, aurait ajouté qu'il pleut parce queles plantes et les animaux ont besoin de l'eau de pluie pour croître et grandir. C'est ce qu'il appelait la « finalité ». Comme tu vois, Aristote donna d'un seul coup aux gouttes d'eau une finalité dans la vie, un « dessein ».

Nous sommes tentés de retourner le problème et dire que les plantes poussent parce qu'il y a de l'humidité. Saisis-tu la nuance, Sophie? Aristote pensait que chaque chose dans la nature avait son utilité. Il pleut afin que les plantes puissent croître, et il pousse des oranges et des raisins afin que les hommes puissent en manger.

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