« Karl Liebermann a été condamné à mort et exécuté en mars 1947, notamment pour sa responsabilité dans la série d’expériences humaines réalisées avec le gaz mortel « ypérite » à Sachsenhausen, en 1940, puis pour sa contribution aux expériences sur les basses températures et sa participation au programme de stérilisation, incluant la castration et l’exposition aux rayons X, dans le camp d’Auschwitz. »

Les passagers des limbes. La légion des ténèbres. Pas seulement des assassins, mais des tortionnaires, des sadiques, des manipulateurs, agissant dans tous les registres du mal. À la manière d’anges noirs, qui multiplieraient les visages…

Je me cramponnais à l’idée que ces hommes et ces femmes avaient subi un traumatisme psychique, point final. Mais la tentation était grande de conclure qu’ils avaient croisé le diable, le vrai, entre la vie et la mort. Un diable qui guettait ses candidats aux confins de la conscience humaine. Une puissance négative qui attendait que la porte s’ouvre pour happer les âmes, comme les trous noirs aspirent la lumière dans leur champ cosmique.

16 heures.

Il restait encore de nombreux témoignages, dont les dates étaient de plus en plus resserrées. J’en survolai quelques-uns. Une femme chypriote en service de réanimation qui s’était sentie fondre dans un bloc de glace alors que ses mains brûlaient, jusqu’au moment où elle avait vu jaillir une « lumière rose »… Un homme ayant subi un infarctus, qui assimilait les poches de perfusion suspendues à des crochets de boucher. Après la décorporation, il avait plongé dans un tunnel où une voix l’avait averti : « Tu vas mourir. » Alors seulement, le calme était survenu et il avait vu apparaître une forme zoomorphe derrière une croûte rougeâtre…

Je cliquai au hasard sur l’extrait d’un rapport de la police fédérale de Saint Louis, Missouri, États-Unis, daté du 2 mai 1992, signé du détective Sam Hill. Le rapport concernait le décès d’Andy Knightley, seize ans, abattu à bout portant, à une heure du matin, dans le quartier du Septième District. « Le dernier », me dis-je pour moi-même.

Andy avait été retrouvé mort, frappé à la poitrine par une décharge de fusil à pompe calibre 12 dans le Septième District. La note précisait qu’il s’agissait d’un ghetto de Saint Louis, 100 % noir, où s’affrontaient deux gangs, les Crips et les Bloods. Andy Knightley était donc un Afro-Américain pur jus.

La suite du texte était plus étonnante. Les urgentistes avaient réussi à réanimer Andy (le détective Hill l’appelait « deadman »). Au sixième électrochoc, le cœur avait battu de nouveau. Placé sous oxygénation et perfusion, Andy avait été transféré au service de réanimation de l’hôpital baptiste de Saint Louis. Dix jours plus tard, le voyou, menotté à son lit d’hosto, était interrogé par Sam Hill.

Le dossier informatique proposait un enregistrement sonore, envoyé par les services de police de Saint Louis. Un commentaire mettait toutefois en garde contre l’accent afro-américain du jeune « gangsta », ainsi qu’une particularité liée aux gangs — Andy Knightley, en tant que membre des Crips, n’avait pas le droit de prononcer la lettre « B », la lettre de l’ennemi — les Bloods. Il avalait donc chaque fois cette consonne.

Je tentai ma chance avec l’enregistrement audio. Je ne pouvais résister à la tentation d’entendre de vive voix un témoignage vécu, le passai en vitesse rapide l’interrogatoire jusqu’au passage-clé :

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