« Oh, ça ! dit Pippin. Je parle d’un vrai lit, dans une chambre à coucher. »
« Eh bien, Fendeval, dans ce cas, dit Merry. Mais cette nuit, je pourrais dormir n’importe où. »
« Tu es chanceux, Merry, murmura Pippin après un silence. Toi au moins, tu étais avec Gandalf. »
« Oui, et puis ? »
« As-tu pu lui soutirer des nouvelles, des informations ? »
« Oui, pas mal. Plus que d’habitude. Mais tu as tout entendu, ou à peu près ; tu n’étais pas bien loin, et nous ne disions rien de secret. Tu pourras aller avec lui demain, si tu penses être capable de lui tirer les vers du nez – et s’il veut bien de toi. »
« C’est vrai ? Excellent ! Mais il est très fermé, hein ? Il n’a pas changé d’un cheveu. »
« Oh si, quand même ! » dit Merry, se réveillant quelque peu ; il commençait à se demander ce qui tracassait son compagnon. « Il a grandi, si on veut. Il est en même temps plus gentil et plus inquiétant, plus joyeux et plus grave qu’avant, je trouve. Il a changé ; seulement, nous n’avons pas encore eu l’occasion de voir à quel point. Il n’y a qu’à penser à la fin de sa discussion avec Saruman ! Rappelle-toi, il fut un temps où Saruman était le supérieur de Gandalf : le chef du Conseil, qu’importe ce que ça signifie. Il était Saruman le Blanc. C’est Gandalf qui porte le Blanc, maintenant. Saruman est venu dès l’instant où il a été appelé, et son bâton lui a été enlevé ; puis on lui a simplement dit de s’en aller, et il est parti ! »
« Eh bien, si Gandalf a quelque chose de changé, il est plus fermé que jamais, voilà tout, rétorqua Pippin. Cette… boule de verre, par exemple. Il semblait drôlement content de la voir. Il sait quelque chose à ce sujet, ou il le devine. Mais nous dit-il ce que c’est ? Non, pas un traître mot. Pourtant, c’est moi qui l’ai ramassée, et c’est moi qui l’ai empêchée de finir dans une mare.
« Tiens, tiens ! dit Merry. C’est donc ça qui te tracasse ? Tut-tut, Pippin, mon gars, n’oublie pas le dicton de Gildor – celui que Sam avait coutume de citer :
« Mais voici des mois qu’on ne fait plus que s’en mêler, dit Pippin. J’aimerais un peu d’information, tant qu’à être en danger. J’aimerais jeter un œil à cette boule. »
« Dors ! dit Merry. Tôt ou tard, tu auras toute l’information voulue. Mon cher Pippin, jamais un Touc n’a surpassé un Brandibouc en matière de curiosité ; mais est-ce bien le moment, pour l’amour du ciel ? »
« Bon, bon ! Qu’est-ce que ça peut faire si je te dis que j’aimerais jeter un œil à cette pierre ? Je sais bien que je ne peux pas, avec le vieux Gandalf assis dessus, comme une poule sur un œuf. Mais ça n’aide pas beaucoup, si tu te contentes de me dire
« Mais enfin, que veux-tu que je te dise ? répondit Merry. Je suis désolé, Pippin, mais tu vas être obligé d’attendre demain matin. Après le petit déjeuner, j’aurai toute la curiosité voulue, et je ferai de mon mieux pour t’aider à cajoler le magicien. Mais je ne peux rester éveillé une seconde de plus. Si je continue à bâiller, je vais me fendre jusqu’aux oreilles. Bonne nuit ! »
Pippin se tut. Il ne bougeait plus ; mais le sommeil lui échappait toujours, tenu à distance par le doux souffle de Merry, qui s’était endormi à peine quelques minutes après avoir dit bonne nuit. À mesure que le silence s’épaississait, la pensée du globe sombre parut se faire plus insistante. Pippin en sentait de nouveau le poids dans ses mains, et il revoyait les mystérieuses profondeurs rouges où il avait un moment plongé les yeux. Il se tourna et se retourna, s’efforçant de penser à autre chose.