« Je voudrais bien essayer quelque part sans aucun des deux. Mais la guerre est commencée, et quand ce sera fini, peut-être qu’on aura la vie plus facile. »

« Les choses vont bien, qu’ils disent. »

« Évidemment qu’ils le disent, maugréa Gorbag. On verra. Mais si vraiment elles vont bien, il devrait y avoir beaucoup plus de place. Qu’est-ce que t’en dis ? – si la chance se présente, toi et moi, on pourrait filer en douce pour aller s’établir quelque part à nous, avec une poignée de gars dignes de confiance, quelque part avec du beau butin facile, sans grands patrons. »

« Ah ! dit Shagrat. Comme dans le temps. »

« Oui, dit Gorbag. Mais n’y compte pas trop. Je suis pas tranquille au fond de moi. Comme je le disais, les Grands Patrons, ouais… », et sa voix fut pratiquement réduite à un murmure, « ouais, même le Plus Grand, ils peuvent se tromper. Quelque chose a failli nous passer sous le nez, tu dis ? Moi, je dis que quelque chose est passé. Et il faut qu’on fasse attention. C’est toujours aux pauvres Uruks d’essuyer les bavures des autres – et qu’est-ce qu’on nous donne en retour ? Mais rappelle-toi : les ennemis nous aiment pas plus qu’ils l’aiment Lui, et s’ils ont le dessus, on est fichus aussi. Mais attends voir, quand est-ce qu’on t’a dit de descendre ? »

« Il y a environ une heure, juste avant que tu nous voies. Un message est venu : Nazgûl inquiets. Crainte d’espions dans les Escaliers. Redoubler de vigilance. Envoyer patrouille jusqu’en haut des Escaliers. Je suis sorti tout de suite. »

« Sale affaire, dit Gorbag. Nos Guetteurs Silencieux, tu vois – ils étaient inquiets, je le sais, y a de ça plus de deux jours. Mais j’ai pas reçu ordre de patrouiller avant le lendemain, et aucun message est parti à Lugbúrz non plus, vu que le Grand Signal venait d’être donné, que les Hauts Nazgûl partaient en guerre et tout ça. Et après, ils ont eu du mal à avoir l’attention de Lugbúrz, qu’on m’a dit. »

« L’Œil était occupé ailleurs, je suppose, dit Shagrat. De grandes affaires se brassent à l’ouest, à ce qu’on dit. »

« Je veux bien, grogna Gorbag. Mais entre-temps, des ennemis se sont faufilés dans les Escaliers. Et vous autres, qu’est-ce que vous fabriquiez ? Vous êtes censés monter la garde, non, qu’il y ait des ordres ou pas ? À quoi servez-vous ? »

« Ça suffit ! Tu vas pas me dire comment faire mon boulot. On dormait pas, je t’assure. On savait qu’il se passait de drôles de choses. »

« Très drôles ! »

« Oui, très drôles : des lumières et des cris et tout. Mais Araigne était sur une affaire. Mes gars l’ont vue avec sa Fouine. »

« Sa Fouine ? De quoi parles-tu ? »

« Tu dois l’avoir déjà vu : un petit homme tout maigre et noir, un peu comme une araignée aussi, ou plutôt comme une grenouille affamée, je dirais. C’est pas la première fois qu’il vient ici. Il est sorti de Lugbúrz la fois d’avant, il y a des années, et des ordres venus d’En Haut nous avaient dit de le laisser passer. Il a monté les Escaliers une ou deux fois depuis, mais on l’a laissé faire : il semble avoir une sorte d’arrangement avec Madame. Il est pas bon à manger, je suppose : Son Altesse n’est pas du genre à se soucier des ordres d’En Haut. Mais qu’est-ce que vous êtes vigilants dans la vallée : il est monté ici un jour avant qu’il y ait tout ce boucan… On l’a vu hier en début de nuit. En tout cas, mes gars ont rapporté que Madame avait une petite partie de plaisir, et j’ai pas posé de questions, jusqu’à ce que le message arrive. Je pensais que sa Fouine lui avait apporté un jouet, ou que vous lui aviez peut-être envoyé un cadeau, un prisonnier de guerre ou quelque chose comme ça. Quand elle joue, je m’en mêle pas. Rien n’échappe à Araigne quand elle part à la chasse. »

« Rien ! T’es-tu servi de tes yeux, là-haut, dis-moi ? J’te dis, je suis pas tranquille au fond de moi. Celui qui est monté dans les Escaliers, peu importe qui c’est, a réussi à passer. Il a tranché la toile d’Araigne et il s’est faufilé tout droit dehors. Ça donne à réfléchir ! »

« Oui, bon, elle l’a eu en fin de compte, pas vrai ? »

« Elle l’a eu ? Qui ça ? Le petit nabot ? Mais s’il avait été seul, elle l’aurait eu emmené dans son garde-manger depuis longtemps, et il y serait encore. Et si Lugbúrz le voulait, c’est toi qui serais obligé d’aller le chercher. Quelle chance pour toi. Mais il était pas seul. »

Alors, Sam se mit à écouter plus attentivement, appuyant son oreille contre la pierre.

« Qui a coupé les fils qu’elle lui avait mis, Shagrat ? Le même qu’a tranché la toile. T’as pas compris ça ? Et qui a embroché Madame ? Le même, je gage. Et où est-il ? Où est-il, Shagrat ? »

Shagrat ne répondit pas.

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