Des hommes vinrent alors avec des effets de guerre pris dans le trésor du roi, et ils revêtirent Aragorn et Legolas de mailles étincelantes. Des heaumes également, ils choisirent, de même que des boucliers ronds : leurs ombons étaient recouverts d’or et incrustés de gemmes vertes, rouges et blanches. Gandalf ne prit pas d’armure ; et Gimli n’avait besoin d’aucune chemise d’anneaux, si on avait pu en trouver une qui convînt à sa stature ; car il n’y avait, dans tout le trésor d’Edoras, aucun haubert de meilleure façon que son court corselet forgé sous la Montagne dans le Nord. Mais il choisit un casque de cuir et de fer qui seyait bien à sa tête ronde ; et il prit également un petit bouclier. Celui-ci portait le cheval au galop, blanc sur vert, soit l’emblème de la Maison d’Eorl.

« Qu’il vous garde bien ! dit Théoden. Il fut fabriqué pour moi au temps de Thengel, quand j’étais jeune encore. »

Gimli s’inclina. « Je suis fier de porter votre emblème, Seigneur de la Marche, dit-il. D’ailleurs, j’aime mieux porter un cheval que d’être porté par lui. Je préfère mes pieds. Mais peut-être trouverai-je encore un endroit où me battre debout sur mes deux jambes. »

« Peut-être bien », dit Théoden.

Le roi se leva alors, et Éowyn s’avança aussitôt avec du vin. « Ferthu Théoden hál ! dit-elle. Recevez cette coupe, et en cette heure heureuse, buvez ! Que la santé soit avec vous à l’aller comme au retour ! »

Théoden but à la coupe, après quoi Éowyn la tendit aux invités. Comme elle arrivait à Aragorn, elle s’arrêta soudain et le regarda, les yeux brillants. Et il abaissa le regard sur son beau visage et lui sourit ; mais en prenant la coupe, sa main rencontra la sienne, et il sut qu’elle tremblait à ce contact. « Salut, Aragorn fils d’Arathorn ! » dit-elle. « Salut à vous, Dame du Rohan ! » lui répondit-il ; mais son visage s’était assombri et il ne souriait plus.

Quand ils eurent tous bu, le roi traversa la salle jusqu’aux portes. Les gardes l’y attendaient : les hérauts se tenaient droits, et tous les seigneurs et tous les chefs encore à Edoras ou vivant alentour étaient rassemblés.

« Voyez ! Je pars, et il semble que ce doive être ma dernière chevauchée, dit Théoden. Je suis sans enfant ; mon fils Théodred est tombé. Éomer, mon fils de sœur, sera mon héritier. Si aucun de nous deux ne revient, vous choisirez un nouveau seigneur comme vous l’entendrez. Mais ceux de mon peuple que je laisse derrière moi, je dois à présent les confier à quelqu’un qui les dirigera à ma place. Lequel d’entre vous consent à rester ? »

Personne ne parla.

« Ne voulez-vous nommer quiconque ? En qui mon peuple a-t-il confiance ? »

« En la Maison d’Eorl », répondit Háma.

« Mais je ne puis me passer d’Éomer, qui ne resterait pas non plus, dit le roi ; et il est le dernier de cette Maison. »

« Je ne l’ai point nommé, répondit Háma. Et Éomer n’est pas le dernier. Il y a Éowyn fille d’Éomund, sa sœur. Elle est sans peur, et elle a le cœur haut. Elle est aimée de tous. Qu’elle soit comme un seigneur pour les Eorlingas pendant notre absence. »

« Qu’il en soit ainsi, dit Théoden. Hérauts, annoncez au peuple que la dame Éowyn les conduira ! »

Alors, le roi prit place sur un siège devant les portes de sa maison ; puis Éowyn, s’agenouillant devant lui, reçut de lui une épée et un beau corselet. « Adieu, fille de sœur ! dit-il. L’heure est noire ; mais nous pourrions encore revenir à la Salle Dorée. À Dunhart, cependant, nos gens pourront longtemps se défendre, et si la guerre devait mal tourner, tous ceux qui auront fui vous rejoindront là-bas. »

« Ne parlez pas ainsi ! répondit-elle. Chaque jour qui passera d’ici à votre retour me sera une année. » Mais, ce disant, ses yeux se posèrent sur Aragorn qui se tenait tout près.

« Le roi reviendra, dit-il. N’ayez crainte ! C’est à l’est, et non à l’ouest, que nous attend notre destin. »

Le roi emprunta alors l’escalier avec Gandalf à ses côtés. Les autres suivirent. Comme ils descendaient vers les murs, Aragorn se retourna. Éowyn se tenait seule devant les portes de la maison, au haut de l’escalier : l’épée tenait debout devant elle, et ses mains reposaient sur la poignée. À présent vêtue de mailles, elle brillait comme l’argent au soleil.

Gimli marchait en compagnie de Legolas, sa hache posée sur son épaule. « Voilà que nous partons enfin ! dit-il. Les Hommes ont bien des choses à dire avant de passer aux actes. Ma hache s’impatiente entre mes mains. Mais je suis sûr qu’ils ont la main redoutable, ces Rohirrim, le moment venu. Reste que cette forme de guerre ne me convient pas. Comment vais-je me présenter au combat ? Je voudrais pouvoir marcher, au lieu d’être ballotté comme un sac accroché aux arçons de Gandalf. »

« Cette place est plus sûre que bien d’autres, m’est avis, dit Legolas. Mais Gandalf te déposera volontiers quand les coups viendront, ou Scadufax s’en chargera. Un cavalier ne saurait s’armer d’une hache. »

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