N’y avait-il pas un autre moyen grâce auquel la baleine aurait pu déposer le prophète à si peu de distance de Ninive? Si. Elle a pu doubler le cap de Bonne-Espérance Mais, pour ne pas parler de la traversée de toute la Méditerranée que cela implique, ni celle du golfe Persique et de la mer Rouge, une telle supposition exigerait qu’une circumnavigation complète ait été accomplie en trois jours autour de l’Afrique, sans compter que, près de Ninive, les eaux du Tigre n’ont pas la profondeur voulue pour qu’y puisse nager une baleine. De plus, admettre que Jonas ait doublé le cap de Bonne-Espérance à une époque aussi reculée, frustrerait de l’honneur de sa découverte Barthélémy Diaz, le célèbre navigateur, et rendrait mensongère l’histoire moderne.
Mais tous ces arguments insensés du vieux Sag Harbor ne font que prouver son fol orgueil – d’autant plus répréhensible qu’il n’avait guère d’autre instruction que celle que lui avaient donnée le soleil et la mer. Je dis qu’ils prouvent seulement son orgueil stupide, impie, et sa révolte abominable et satanique contre le révéré clergé, Car, selon un prêtre catholique portugais, l’aventure de Jonas se rendant à Ninive par le cap de Bonne-Espérance, n’est qu’une image exaltant de tout ce miracle. Et ce fut bien cela. De plus, et jusqu’à ce jour, des Turcs remarquablement éclairés croient avec dévotion à l’historicité de l’aventure de Jonas. Il y a quelque trois cents ans, un voyageur anglais rapportait dans les
CHAPITRE LXXXIV
Si l’on graisse les essieux des voitures, c’est afin de leur donner plus d’aisance et de rapidité; dans un but à peu analogue, certains baleiniers soumettent leurs pirogues à un semblable traitement en graissant leurs quilles. Ce qui ne peut en rien leur nuire et comporte sans
Vers midi, des baleines furent signalées mais, dès que le navire eut amené sur elles, elles firent demi-tour et s’enfuirent précipitamment. Ce fut une débandade digne de celles des barges de Cléopâtre à Actium.
Toutefois les pirogues se lancèrent, celle de Stubb en tête. Après de pénibles efforts, Tashtego réussit enfin à planter un fer, mais la baleine piquée poursuivit sa fuite horizontale sans sonder, à une vitesse accrue. Une telle traction continue devait tôt ou tard arracher le dard. Il devenait urgent de l’attaquer à la lance si l’on ne voulait pas la perdre. L’aborder était impossible tant elle nageait rapidement et furieusement. Que faire dès lors?
De tous les merveilleux stratagèmes, tours d’adresse ou de prestidigitation et autres innombrables subtilités auxquels les vétérans de la pêche à la baleine sont souvent contraints d’avoir recours, nul n’égale la magnifique performance faite avec la lance que l’on appelle javelot. Aucun exercice à l’arme blanche ne le surpasse. Cet exploit n’est indispensable que dans le cas d’une baleine fuyant avec acharnement et la prouesse réside dans l’étonnante distance de laquelle est jetée, avec précision, la longue lance, depuis une pirogue emportée violemment, bondissant et roulant. La lance, fer et hampe, mesure en tout quelque dix ou douze pieds, cette hampe est beaucoup plus fine que celle du harpon et d’un bois plus léger, du
Mais avant d’aller plus loin, il est important de le dire, si le harpon peut être jeté de la même manière que la