Ma jeunesse ne fut qu'un t'en'ebreux orage,Travers'e c`a et l`a par de brillants soleils;Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.Voil`a que j'ai touch'e l'automne des id'ees,Et qu'il faut employer la pelle et les r^ateauxPour rassembler `a neuf les terres inond'ees,O`u l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.Et qui sait si les fleurs nouvelles que je r^eveTrouveront dans ce sol lav'e comme une gr`eveLe mystique aliment qui ferait leur vigueur?- ^O douleur! ^O douleur! Le temps mange la vie,Et l'obscur ennemi qui nous ronge le coeurDu sang que nous perdons cro^it et se fortifie!

русский

<p>XI</p><p>LE GUIGNON</p>Pour soulever un poids si lourd,Sisyphe, il faudrait ton courage!Bien qu'on ait du coeur `a l'ouvrage,L'art est long et le temps est court.Loin des s'epultures c'el`ebres,Vers un cimeti`ere isol'e,Mon coeur, comme un tambour voil'e,Va battant des marches fun`ebres.— Maint joyau dort enseveliDans les t'en`ebres et l'oubli,Bien loin des pioches et des sondes;Mainte fleur 'epanche `a regretSon parfum doux comme un secretDans les solitudes profondes.

русский

<p>XII</p><p>LA VIE ANT'ERIEURE</p>J'ai longtemps habit'e sous de vastes portiquesQue les soleils marins teignaient de mille feux,Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.Les houles, en roulant les images des cieux,M^elaient d'une facon solennelle et mystiqueLes tout-puissants accords de leur riche musiqueAux couleurs du couchant refl'et'e par mes yeux.C'est l`a que j'ai v'ecu dans les volupt'es calmes,Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeursEt des esclaves nus, tout impr'egn'es d'odeurs,Qui me rafra^ichissaient le front avec des palmes,Et dont l'unique soin 'etait d'approfondirLe secret douloureux qui me faisait languir.

русский

<p>XIII</p><p>BOH'EMIENS EN VOYAGE</p>La tribu proph'etique aux prunelles ardentesHier s'est mise en route, emportant ses petitsSur son dos, ou livrant `a leurs fiers app'etitsLe tr'esor toujours pr^et des mamelles pendantes.Les hommes vont `a pied sous leurs armes luisantesLe long des chariots o`u les leurs sont blottis,Promenant sur le ciel des yeux appesantisPar le morne regret des chim`eres absentes.Du fond de son r'eduit sablonneux, le grillon,Les regardant passer, redouble sa chanson;Cyb`ele, qui les aime, augmente ses verdures,Fait couler le rocher et fleurir le d'esertDevant ces voyageurs, pour lesquels est ouvertL'empire familier des t'en`ebres futures.

русский

Перейти на страницу:

Поиск

Книга жанров

Нет соединения с сервером, попробуйте зайти чуть позже