En ces temps merveilleux où la théologieFleurit avec le plus de sève et d'énergie,On raconte qu'un jour un docteur des plus grands,Après avoir forcé les cœurs indifférents;Les avoir remués dans leurs profondeurs noires;— Après avoir franchi vers les célestes gloiresDes chemins singuliers à lui-même inconnus,Où les purs esprits seuls peut-être étaient venus, -— Comme un homme monté trop haut, pris de panique,S'écria, transporté d'un orgueil satanique:"Jésus, petit Jésus! Je t'ai poussé bien haut!Mais, si j'avais voulu t'attaquer au défautDe l'armure, ta honte égalerait ta gloire,Et tu ne serais plus qu'un fœtus dérisoire!"Immédiatement sa raison s'en alla.L'éclat de ce soleil d'un crêpe se voila;Tout le chaos roula dans cette intelligence,Temple autrefois vivant, plein d'ordre et d'opulence,Sous les plafonds duquel tant de pompe avait lui.Le silence et la nuit s'installèrent en lui,Comme dans un caveau dont la clef est perdue.Dès lors il fut semblable aux bêtes de la rue,Et, quand il s'en allait sans rien voir, à traversLes champs, sans distinguer les étés des hivers,Sale inutile et laid comme une chose usée,Il faisait des enfants la joie et la risée.
Je suis belle, ô mortels! Comme un rêve de pierre,Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,Est fait pour inspirer au poète un amourÉternel et muet ainsi que la matière.Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes;Je hais le mouvement qui déplace les lignes,Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.Les poètes, devant mes grandes attitudes,Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,Consumeront leurs jours en d'austères études;Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,Qui sauront satisfaire un cœur comme le mien.Je laisse à Gavarni, poète des chloroses,Son troupeau gazouillant de beautés d'hôpital,Car je ne puis trouver parmi ces pâles rosesUne fleur qui ressemble à mon rouge idéal.Ce qu'il faut à ce cœur profond comme un abîme,C'est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,Rêve d'Eschyle éclos au climat des autans;Ou bien toi, grande nuit, fille de Michel-Ange,Qui tors paisiblement dans une pose étrangeTes appas façonnés aux bouches des Titans!