La maladie et la mort font des cendresDe tout le feu qui pour nous flamboya.De ces grands yeux si fervents et si tendres,De cette bouche où mon cœur se noya,De ces baisers puissants comme un dictame,De ces transports plus vifs que des rayons,Que reste-t-il? C'est affreux, ô mon âme!Rien qu'un dessin fort pâle, aux trois crayons,Qui, comme moi, meurt dans la solitude,Et que le temps, injurieux vieillard,Chaque jour frotte avec son aile rude…Noir assassin de la vie et de l'art,Tu ne tueras jamais dans ma mémoireCelle qui fut mon plaisir et ma gloire!

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<p>XXXIX</p>Je te donne ces vers afin que si mon nomAborde heureusement aux époques lointaines,Et fait rêver un soir les cervelles humaines,Vaisseau favorisé par un grand aquilon,Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,Et par un fraternel et mystique chaînonReste comme pendue à mes rimes hautaines;Être maudit à qui, de l'abîme profondJusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond!— Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,Foules d'un pied léger et d'un regard sereinLes stupides mortels qui t'ont jugée amère,Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain!

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<p>XL</p><p>SEMPER EADEM</p>"D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrangeMontant comme la mer sur le roc noir et nu?"— Quand notre cœur a fait une fois sa vendange,Vivre est un mal. C'est un secret de tous connu,Une douleur très-simple et non mystérieuse,Et, comme votre joie, éclatante pour tous.Cessez donc de chercher, ô belle curieuse!Et, bien que votre voix soit douce, taisez-vous!Taisez-vous, ignorante! Âme toujours ravie!Bouche au rire enfantin! Plus encor que la vie,La mort nous tient souvent par des liens subtils.Laissez, laissez mon cœur s'enivrer d'un mensonge,Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songeEt sommeiller longtemps à l'ombre de vos cils!

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<p>XLI</p><p>TOUT ENTIÈRE</p>
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