Ils refluèrent au pas de course, tombèrent, à l’autre extrémité de la coursive, sur une deuxième troupe qui les prenait en tenaille, s’arrêtèrent, se regroupèrent. Bien que désarmés, ils n’avaient pas d’autre choix que de défendre leur peau, que d’accepter l’engagement. Les Kroptes progressaient en rangs serrés avec une lenteur exaspérante. Jeunes, peu expérimentés à en juger par leur façon de manier leurs armes et par leur hésitation à porter les premières attaques, ils avaient sur leurs adversaires le gros avantage de connaître parfaitement le terrain.
« Tu nous a foutus dans une sacrée merde, Taiseur ! gronda quelqu’un.
— On en discutera après ! répliqua le Taiseur. Souviens-toi de Dœq et garde tes forces pour te battre. »
Un ordre claqua, et les Kroptes fondirent par vagues de trois sur les deks.
« Je prends celui de gauche, Lœllo celui de droite, Ab celui du milieu », souffla le Taiseur.
Les jambes fléchies, les mains à hauteur des yeux, Abzalon se concentra sur son adversaire, un homme ni très grand ni très costaud mais équipé d’une longue pique à la pointe ébréchée. Il ne bougea qu’au dernier moment, en même temps que l’autre tendait les bras pour l’embrocher. Il esquiva l’extrémité de la pique d’un retrait du buste, coinça la hampe entre son coude et ses côtes, s’avança d’un pas, saisit son adversaire par la barbe, la ramena à lui d’une traction tellement puissante qu’il entendit craquer ses vertèbres. Il lui fendit le crâne d’un coup de poing, puis il souleva son corps inerte et le projeta de toutes ses forces sur le groupe des Kroptes, dont certains perdirent l’équilibre et entraînèrent les autres dans leur chute. Il jeta un coup d’œil sur sa droite, vit que Lœllo frappait du pied son adversaire allongé, un coup d’œil sur sa gauche, s’aperçut que le Taiseur était en difficulté face à un homme équipé d’une sorte de sabre à la lame recourbée, leva la pique, la plongea dans le flanc découvert de ce dernier. La pointe métallique s’enfonça sous la cage thoracique du Kropte, crissa sur sa colonne vertébrale, sur les os de son bassin, ressortit de l’autre côté, se ficha profondément dans la cloison de la coursive. Le Kropte resta hébété dans un premier temps, puis il poussa un râle d’agonie, gigota comme un insecte cloué par une aiguille, bascula vers l’avant, s’enroula autour de la hampe qui l’empêcha de tomber.
« Récupérez leurs armes ! » glapit Abzalon.