Les mille démons de l’Egon surgirent des ténèbres et environnèrent Ellula. Toute la nuit, ils l’assiégèrent, tentèrent de forcer les portes de son corps et de son esprit. Il y avait là les sept démons principaux : Orn, le démon de la colère, Var, le démon de l’orgueil, Faz, le démon de la luxure, Pem, le démon de l’abus, Ziv, le démon de l’envie, Uïu, le démon de la paresse, et Wax, le démon de la transformation. Chacun d’eux commandait une légion de cent quarante et un soldats aux visages hideux, aux corps poilus, aux mains et aux pieds griffus.
Ellula s’entailla le ventre, dessina sur le sol un cercle protecteur avec son sang, puis, jusqu’à l’aube, elle invoqua l’ordre cosmique afin qu’il la soutînt dans son combat. L’Egon, l’entité chargée par les seigneurs des ténèbres d’anéantir les êtres humains, avait décidé de capturer la première femme arrivée sur la planète Ester afin d’entraîner toutes les autres à sa suite dans la corruption et l’autodestruction. Ellula traversa des moments difficiles, pleura des larmes d’amertume, éprouva les pires souffrances, faillit à maintes reprises capituler devant les créatures qui la harcelaient, mais à chaque fois qu’elle sentait le souffle brûlant des démons sur son visage ou entre ses jambes, elle se ressaisissait, les repoussait et demeurait vigilante. Elle entonna des chants de son enfance pour se donner du courage, et si pure était sa voix que les mille démons de l’Egon en furent saisis d’effroi et s’éloignèrent en poussant des gémissements horribles.
Vint le petit jour, ce moment magique où les frayeurs s’enfuient sur les premiers rayons de l’A, où les créatures des ténèbres regagnent leur sombre tanière. Les démons essayèrent une dernière fois de posséder Ellula, puis, comprenant qu’ils n’y parviendraient pas, ils se retirèrent avant d’être foudroyés par la lumière de l’A. Une musique glorieuse se fit alors entendre dans les cieux, une clarté éblouissante environna Ellula et pansa ses plaies.
C’est ainsi qu’elle enseigna l’intransigeance aux femmes devant les manœuvres perverses des mille démons de l’Egon.
Variante de la légende d’Ellula, tradition orale kropte.Extrait du journal du moncle Artien.