Heureusement une histoire si atroce n’est qu’un conte stupide. Il y a trop d’absurdité à s’emparer de tous les bestiaux, lorsque depuis longtemps la terre ne produisait point d’herbe pour les nourrir. Et, si elle avait produit de l’herbe, elle aurait pu produire aussi du blé, il n’y a pas à sortir de là; car, de deux choses l’une: le terrain de l’Egypte étant essentiellement sablonneux, les inondations régulières du Nil peuvent seules faire pousser la végétation; ou bien, si l’on admet l’inadmissible cessation de ces inondations pendant sept années consécutives, tous les bestiaux doivent avoir péri. De plus, on n’était alors qu’à la quatrième année de la stérilité prétendue: à quoi aurait servi de donner au peuple des semailles pour ne rien produire pendant trois autres années? Ces sept années de stérilité sont donc une des fables les plus incroyables que l’imagination du divin pigeon ait inventées dans la Genèse.

On aura remarqué aussi quels égards l’auteur sacré des Juifs a pour les prêtres égyptiens: ils sont les seuls que Joseph ménage; leurs terres sont libres quand la nation est tombée en esclavage, et ils sont encore nourris aux dépens de cette malheureuse nation. Or, la Bible contient l’enseignement religieux que les soi-disant représentants de Dieu se sont donné la mission de faire pénétrer dans les cerveaux du peuple. Par cet épisode, les ministres de Jéhovah inculquent donc l’idée de respect envers la personne de tous prêtres quelconques, même d’autres religions. Les prêtres ne se mangent pas entre eux.

Le pigeon-canard nous apprend ensuite que Jacob demeura dix-sept ans en Égypte, où il mourut, et que par conséquent il vécut en tout cent quarante-sept ans (v. 28). Deux chapitres entiers, 48 et 49, sont consacrés aux bénédictions que le patriarche distribua, sur son lit de mort. Il bénit ses douze fils, réunis à son chevet; et, comme il aperçoit dans la chambre deux hommes qu’il ne connaît pas, il demande: «Qui sont donc ceux-ci?» Et Joseph lui répond: «Ce sont mes deux fils Ephraïm et Manassé, nés en ce pays d’Egypte avant que tu y vinsses, mon père.» Alors, Jacob dit: «Eh bien, fais-les approcher, je te prie, afin que je les bénisse.» Depuis dix-sept ans que le patriarche habitait le royaume, Joseph n’avait pas encore pensé à lui présenter sa famille!

Les bénédictions données par Jacob à ses enfants ne furent pas sans quelques reproches. Ainsi, Ruben, qui avait cocufié son père, perdit ce jour-là son droit d’aînesse.

«Ruben, dit le patriarche, tu es mon premier-né, ma force et le commencement de ma vigueur; tu es grand en dignité et grand en force musculaire. Mais tu t’es débordé comme l’eau, et tu n’auras pas la prééminence; car tu es monté sur l’une des femmes de ton père et tu as répandu ta semence dans mon lit.» (49:3-4)

Ce jour-là encore, le vieux père Jacob laissa clairement comprendre qu’il avait été partisan du mariage de sa petite Dina avec le prince Sichem et qu’en lui-même il avait désapprouvé le grand massacre accompli par Siméon et Lévi; car il ne reporta pas sur eux le droit d’aînesse enlevé à Ruben et même il stigmatisa leurs violences avec sévérité.

«Siméon et Lévi, dit-il, sont frères, et frères dans leurs violences; que mon âme n’entre point dans leur conseil secret! que ma gloire ne soit pas jointe à leur réunion! car ils ont tué des gens par colère, et ils ont enlevé des troupeaux de bœufs pour leur plaisir. Que leur colère soit maudite, car elle a été violente; et leur fureur, car elle a été rude! Je les diviserai en Jacob, et je les disperserai en Israël.» (49:5-7)

Les théologiens qualifient de prophétiques toutes les paroles prononcées par Jacob sur son lit de mort: cependant, la suite de l’histoire nous montrera que les soi-disant descendants de Lévi ne furent pas les plus mal lotis; car c’est à eux que le sacerdoce fut donné dans Israël, avec tous ses bénéfices et privilèges.

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