On sait que ce grand voyage du peuple juif dura quarante années. Si l’on jette les yeux sur une carte géographique donnant l’Arabie Pétrée et la Palestine, on se rend facilement compte de ce que fut cette pérégrination à jamais fameuse. En résumé, les Hébreux quittèrent l’Egypte à Baal-Zéphon, qui est aujourd’hui Suez, — et c’est censément là l’endroit où ils passèrent la Mer Rouge; — ils longèrent la côte orientale de la Mer Héroopolite (golfe de Suez) et descendirent jusqu’à Raphidim, traversant le massif du Sinaï; dans cette région sud de la péninsule, ils poussèrent à l’est jusqu’à Hazeroth (aujourd’hui Aïn-el-Hadhrah); de là, remontant vers le nord jusqu’au Djebel-Halal, ils cheminèrent ensuite plus à l’est encore, pour se diriger dans la direction de la Mer Morte, qu’ils contournèrent à droite, arrivant enfin à Jéricho. A l’aide d’une carte moderne, on détermine avec la plus grande aisance la position exacte des trois points extrêmes de cet itinéraire: Baal-Zéphon, point de départ, est à 30° de latitude nord et à 30° 12' de longitude est; Hazeroth, le point extrême sud-est du voyage, est à 28° 45' de latitude nord et 32° 10' de longitude est; Jéricho, point d’arrivée, est à 31° 50' de latitude nord et 33° 7' de longitude est. Par conséquent, l’écart entre ces trois points extrêmes n’est pas formidable; d’ailleurs, tout le monde peut vérifier.
Eh bien! que représente-t-il donc, ce légendaire voyage? quel itinéraire moderne pourrait-on lui comparer, pour faire mieux ressortir le ridicule achevé de la relation biblique?… La mémorable marche des Hébreux à la suite de Moïse et Josué équivaut exactement à un voyage à pied que l’on ferait en partant de Paris pour descendre au sud-est jusqu’à Dijon et remonter ensuite au nord-est jusqu’à Liège, en Belgique. Paris, Dijon et Liège donnent, sur le globe, le même écart géométrique que Baal-Zéphon, Hazeroth et Jéricho. Un cul-de-jatte ne demanderait pas trois mois pour fournir ce parcours, et il se reposerait fréquemment en route! Les Israëlites y ont mis quarante ans. Inclinons-nous, et sourions devant cette colossale blague que le pigeon-canard a fait encore avaler aux dévots mystifiés.
Mais les croyants n’examinent rien et avalent tout. S’ils prenaient seulement la peine de réfléchir un peu, après avoir lu l’Exode, ils trouveraient au moins étonnant que l’auteur de ce livre, qui dit avoir été élevé en Egypte et y avoir longtemps vécu avant d’entraîner ses compatriotes à en sortir, n’ait pas un mot au sujet des monuments, des mœurs, des lois, de la religion, de la politique, de l’histoire de ce pays si renommé et alors en pleine civilisation; car, tout postérieur que soit le royaume d’Egypte au vaste empire des Indes et à celui de Chine, toujours est-il que les Egyptiens contemporains du prétendu Moïse occupent le premier rang parmi les nations civilisées de notre Occident; à cette époque florissaient Thèbes et Memphis, dont l’auteur de l’Exode semble ignorer l’existence, puisqu’il ne parle même pas de ces merveilleuses et opulentes cités, puisque leurs noms paraissent lui être inconnus. Quant aux puissants monarques qui régnaient alors, l’auteur sacré les appelle tous indifféremment Pharaon, ce qui est un titre, et non point un nom; le