«Joseph, ayant perçu tout l’argent du pays en vendant les blés mis en réserve, accumula cet argent dans le trésor du roi. — L’argent vint donc à manquer au peuple. Alors, les Égyptiens vinrent à Joseph. Donne-nous du pain, lui dirent-ils; faut-il que nous mourions de faim, parce que nous n’avons plus d’argent? — Joseph répondit: Amenez-moi tout votre bétail, et je vous donnerai du blé en éc hange. — Les Égyptiens amenèrent donc tout leur bétail, et Joseph leur donna du pain pour prix de leurs chevaux, pour leurs troupeaux de brebis, pour leurs bœufs et pour leurs ânes.» (47:14-17)
Nous sommes à la troisième année de stérilité, qu’on veuille bien le remarquer; la sécheresse est telle que le blé ne pousse plus depuis trois ans. Si la terre se refuse à produire du blé, elle ne devait certainement pas produire davantage de l’herbe; alors, de quoi tous ces bestiaux se sont-ils nourris? Mais, s’il y avait cependant quelque moyen de faire vivre sans pâturages les troupeaux des Égyptiens, quelle drôle d’idée ceux-ci ont-ils de s’en défaire pour avoir la farine de Joseph! Ils auraient eu bien meilleur compte à manger leurs bestiaux. En outre, en vendant leurs troupeaux, ils n’avaient plus de quoi jamais labourer la terre. D’autre part, voilà un ministre qui, de toute façon, met les sujets de son roi dans l’impossibilité de semer du blé. Ce qui est plus surprenant encore, c’est que l’auteur sacré ne dit pas un mot de l’inondation périodique du Nil, et les critiques Herbert, Bolingbroke, Fréret, Boulanger, et au-dessus de tous Voltaire, ont jugé que celte omission inexplicable suffisait à démontrer le caractère fantaisiste de l’histoire de Joseph et des sept années de sécheresse; tout cela est qualifié de pur roman: