«Cette année finie, les Égyptiens revinrent vers Joseph l’année suivante, et ils lui dirent: Nous ne cacherons point à monseigneur que, n’ayant plus ni argent, ni bétail, il ne nous reste que nos corps et la terre. — Faudra-t-il donc que nous mourions de faim sous tes yeux? Prends nos personnes et nos terres, achète-nous pour du pain; nous serons esclaves de Pharaon, et nos terres seront à lui. Mais donne-nous aussi des semailles, afin que nous vivions; car, si le cultivateur meurt, la terre sera réduite en solitude désolée. — Joseph acheta donc pour Pharaon toutes les terres d’Égypte; car les habitants vendirent chacun son champ, à cause de la famine qui avait augmenté. — Et il fit passer le peuple dans les villes, d’une extrémité du royaume à l’autre. — Il n’y eut que les terres des prêtres qui ne furent point achetées; car les prêtres tenaient leurs champs de la générosité royale, et ils se nourrissaient grâce à une part des blés mis en réserve que Pharaon leur faisait donner; c’est pourquoi les prêtres ne furent point obligés de vendre leurs terres. — Alors, Joseph dit au peuple: Je vous ai achetés aujourd’hui, vous et vos terres, et vous appartenez désormais à Pharaon.
Maintenant, voici des semailles, afin que vous prépariez les récoltes futures. — Mais la cinquième partie de toute récolte appartiendra au roi, et je vous accorde les quatre antres, pour vous permettre de manger, vous et vos enfants, et de semer de nouveau. — Et ils répondirent: Tu nous as sauvé la vie; daigne, monseigneur, nous regarder toujours avec bonté, et nous serons sans regret les esclaves de Pharaon.» (47:18-25)
Celte façon d’administrer un royaume, loin de valoir à Joseph le titre de bienfaiteur que la Bible lui donne, fait de lui, tout au contraire, un tyran ridicule et extravagant. Si celle histoire était vraie, si les peuple avaient cru à la bienfaisance du gouverneur de l’Egypte aux premiers temps de la disette, leur imbécillité n’aurait plus d’excuse quand l’exploitation dont ils furent victimes en arriva à ce point. Quoi! disent les critiques cités tout à l’heure, ce bon ministre Joseph rend toute une nation esclave! il vend au roi toutes les personnes et toutes les terres du royaume! C’est une action aussi infâme et aussi punissable que celle de ses frères, qui égorgèrent tous les Sichémites. Il n’y a point d’exemple, dans l’histoire du monde, d’une pareille conduite d’un ministre d’État. Un ministre qui agirait ainsi, en n’importe quel pays, provoquerait bientôt un soulèvement général et n’échapperait pas à la juste colère des populations.