Donc, au quatrième siècle après l’installation de Jacob et Cie en Gessen, les soixante-six Hébreux s’étaient prodigieusement multipliés, et le roi d’alors avait complètement oublié les services rendus jadis par Joseph à l’Egypte. Très cruel même était Pharaon (nous continuerons à l’appeler du nom, qui n’en est pas un, que lui donne l’auteur sacré); il fit appeler les deux sages-femmes juives, Mme Sçiphra et Mme Puha, qui avaient toute la clientèle de leurs compatriotes, et il leur ordonna, quand elles feraient un accouchement israëlite, d’étrangler les petits garçons. Les deux accoucheuses s’empressèrent de ne pas obéir à Pharaon, et, lorsque celui-ci leur demanda pourquoi elles laissaient vivre les enfants mâles, elles répondirent:

«Les femmes juives ne sont pas comme vos égyptiennes; elles connaissent l’art d’accoucher et elles se délivrent elles-mêmes, avant que nous soyons venues.» (Exode 1:19)

Alors, Pharaon promulgua un édit, qui décrétait que tout enfant mâle né à un israëlite devrait être jeté au fleuve sitôt après sa naissance.

Ce fut, comme on pense, une grande désolation dans les familles juives. Les prescriptions de l’édit pouvaient d’autant plus facilement être imposées, que les malheureux descendants de Jacob se trouvaient réduits à une sorte d’esclavage; ils étaient menés très durement par les fonctionnaires Égyptiens, ils ne s’appartenaient pour ainsi dire plus, et on les contraignait à exécuter les travaux les plus pénibles. (Exode 1:11-14)

Or, voici qu’une mère, qui était de la famille de Lévi, cacha pendant trois mois son fils; elle l’avait trouvé «beau». Mais, ne pouvant le cacher plus longtemps et craignant une dénonciation, elle prit une corbeille de joncs, qu’elle enduisit de bitume et de poix, y mit le bébé, et alla placer le berceau au bord du fleuve, parmi les roseaux. Ensuite, elle dit à la sœur aînée de l’enfant de se tenir en observation à quelque distance. Sur ces entrefaites, la fille de Pharaon, accompagnée de ses suivantes, vint se baigner dans le Nil.

L’auteur sacré néglige de louer le courage de la princesse, et c’est un oubli regrettable; le Nil étant infesté de crocodiles, ce bain mérite l’admiration du lecteur. En outre, la cour résidait à Memphis, et de Memphis au pays de Gessen, séjour des familles juives, il y a plus de cinquante lieues. Quoi qu’il en soit, la princesse arriva fort à propos.

Rien ne se faisant que par la volonté de Jéhovah, c’est donc par sa permission que tous les autres petits juifs avaient été noyés dans le Nil et dévorés par les crocodiles, et c’est aussi en vertu des grands projets divins que ce bébé seul allait être sauvé. C’est papa Bon Dieu, évidemment, qui avait envoyé la fille de Pharaon se baigner si loin et qui lui avait inspiré le mépris des terribles amphibies. Il advint donc ce que la Providence avait réglé: la princesse rencontra le berceau flottant, fut émue des vagissements de l’enfant et comprit du premier coup que c’était un petit juif; sur ce, la sœur aînée se présente et propose d’aller chercher une nourrice; la princesse applaudit à cette excellente idée; c’est la mère qui s’amène; la fille de Pharaon lui confie l’enfant à allaiter, déclare qu’elle paiera les mois de nourrice, et s’en va, tout heureuse de sa bonne action.

Plus tard, quand le petit garçon fut sevré, la mère le rapporta à la princesse. Celle-ci, qui s’y était attachée, lui donna le nom de Moïse, lequel veut dire «sauvé des eaux», et plaida si bien sa cause auprès du roi, que ce monarque, pourtant si cruel, consentit à faire élever le bambin à sa cour; la Bible dit même que Pharaon l’adopta pour son fils.

Moïse grandit, se révélant pour un petit prodige dès son enfance; il émerveillait le roi, sa fille, les courtisans; un brillant avenir lui était réservé. Devenu jeune homme, il allait visiter ses compatriotes hébreux: un beau jour, ayant vu un égyptien battre un juif, il tua l’égyptien et l’enterra dans le sable; après quoi, ayant réfléchi aux conséquences de ce meurtre, il s’enfuit et se cacha au pays de Madian. Cette contrée était située au sud-est de la péninsule du Sinaï, et il ne faut pas la confondre avec deux autres pays du même nom, dont il sera question plus loin et qui se trouvaient, l’un au nord de la Mer d’Elath (aujourd’hui golfe d’Akabab), l’autre à l’est de la Mer Morte; car, si l’on confondait tous ces pays de Madian, on pourrait croire que l’Esprit-Saint a perdu la carte et est un parfait radoteur en géographie.

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