L’Exode nous apprend ici que les familles juives, dont la contrée de Gessen n’avait cessé d’être le lieu de séjour depuis la venue de Jacob, se concentrèrent à Rahmésès pour le départ. On fit route de là jusqu’à Succoth; on était au nombre de six cent mille hommes valides, sans compter les femmes et les enfants; une foule considérable de gens de toutes conditions se joignit à eux, et ils avaient prodigieusement de bœufs et d’innombrables troupeaux (v. 37-38). Moïse avait pris avec lui les ossements de Joseph (13:19).
Ceci permet de calculer approximativement à combien de victimes se monta le massacre attribué, par le pigeon, aux anges de Jéhovah. Puisque les partants de Rahmésès étaient six cent mille
De Succoth les Hébreux allèrent à Etham, où ils campèrent. Puis il arrivèrent à Baal-Zéphon (Suez), et là encore ils campèrent, près de la mer (14:2). On remarquera que l’endroit désigné par la Bible n’est pas précisément la Mer Bouge, mais le fond du golfe de Suez; s’il y avait de l’eau à traverser, c’était celle du canal des Pharaons, qui existait alors, allant du Nil aux Lacs Amers.
Tandis que Moïse et ses compatriotes s’étaient mis en route, Pharaon, dont l’esprit était décidément d’une mobilité extravagante, regretta de s’être privé de ces excellents sujets qui lui avaient valu tant de fléaux.
Au premier moment, les Israëlites furent inquiets; mais Moïse leur fit vivement passer la mer à pied sec: d’un simple coup de baguette, il avait séparé les flots.
Pharaon, voyant le prodige, pensa que ce chemin ouvert à travers les ondes était également bon pour lui. Il s’y engagea avec son armée; mais, je t’en fiche! Moïse donna un nouveau coup de baguette tandis que les Egyptiens étaient au beau milieu de la mer.
«Alors, les eaux se réunirent avec impétuosité et recouvrirent les chariots, la cavalerie et toute l’armée de Pharaon; et il n’en resta pas un seul.» (14:28)
Notons que Pharaon ne s’était pas mis à la poursuite des Hébreux pour les exterminer, mais pour les envelopper et les ramener en servitude dans son royaume. Ceux-ci comptant parmi eux six cent mille hommes valides et armés, on peut, vu les vieux papas, les mamans, les épouses, les sœurs et les jeunes frères, évaluer l’ensemble des émigrants à environ trois millions de personnes. Pour capturer une telle population, il fallait des forces bien plus nombreuses. D’autre part, d’après le calcul si logique de tout à l’heure, c’est à vingt-quatre millions que se chiffre approximativement le total des familles égyptiennes; en comptant un soldat par famille, l’armée de Pharaon dut être de vingt-quatre millions de combattants. Il est vrai que Dieu avait déjà tué l’aîné de chaque famille; mais les cadets pouvaient être en âge de porter les armes; et, d’ailleurs, ce projet de poursuite souleva un grand enthousiasme, puisque l’auteur sacré nous dit que le peuple accourut en masse pour accompagner son roi. N’oublions pas les Égyptiens, à qui nos fuyards venaient de filouter vases précieux et beaux habits; ils ne durent pas hésiter, ceux-là, à s’élancer après leurs voleurs. Mais réduisons les chiffres de moitié, si l’on veut: au minimum, douze millions d’égyptiens furent noyés avec Pharaon.