On dira peut-être que, si aucun auteur égyptien ne souffla jamais mot de ce désastre aussi miraculeux qu’épouvantable, ni des dix plaies qui dévastèrent le royaume, ce fut par amour-propre national. Accordons-le. Mais les autres nations du monde, hein? comment n’eurent-elles pas connaissance d’aussi terribles événements? Voilà pourtant une gigantesque noyade qui exonéra d’un seul coup les cent quinze princes tributaires du pharaon Aménophis. Quoi! pas même Hérodote, que l’antiquité nomma
Les Israëlites virent donc la destruction de leurs ennemis. Si l’on accepte le fait, on peut ajouter que les descendants de Jacob rirent tant et tant de l’aventure, que plusieurs en devinrent bossus. En tout cas, le chapitre 15 de l’Exode nous apprend que Marie, sœur de Moïse et d’Aaron, prit un tambour à la main, et que toutes les femmes, saisissant des tambours et des flûtes, dansèrent de joie avec elle; ce chapitre nous fait savoir aussi que Moïse improvisa illico un cantique (il ne dit pas en quelle langue) et que tout Israël le chanta d’une seule voix. Ne perdons pas de vue que chanteurs et danseuses formaient un chœur de trois millions de personnes; paroles et musique furent apprises à l’instant même. Je vous prie de vous représenter cet orphéon exécutant cette cantate. Sapristi! que ça devait être beau!…
Voilà nos Hébreux en marche dans l’Arabie Pétrée, ainsi nommée parce qu’il n’y pousse guère que des pierres, des cailloux. Le but du voyage était le pays de Canaan, toujours convoité par leurs ancêtres; pourquoi ne pas s’y établir enfin, maintenant que l’on était en nombre?… D’ailleurs, Moïse leur avait affirmé, sur la parole du Seigneur, que cette terre de Canaan était d’une fertilité étonnante. Le difficile était de là trouver; car il n’y avait aucune route, et la boussole n’était pas encore inventée, Heureusement une nuée céleste se mit à la tête du peuple juif et leur montra le chemin nuit et jour; le jour, c’était une colonne de noire fumée; la nuit, c’était une nuée de feu. Le texte sacré dit que Jéhovah en personne était dans cette nuée d’aspect variable. Cette façon d’être guidés dans un désert avait sa commodité; mais elle avait bien aussi ses désagréments. En effet, souvent les lsraëlites auraient été fort aises de se reposer; ah! bien non! la nuée piquait sa course en avant; que faire? fallait-il s’exposer à perdre un guide aussi précieux? et pas moyen de retenir une colonne de fumée par les pans de sa redingote, n’est-ce pas?… Alors, obligation absolue de continuer la route. Ce vieux farceur de Jéhovah s’amusait, c’est clair. Ami Léon XIII, ne dis pas non! Tiens, en voici la preuve: pour aller de Baal-Zéphon (Suez) à Jéricho, le divin guide n’avait qu’à remonter au nord vers la Méditerranée, en longeant la chaîne du Djebel-Rabah; puis, à obliquer à l’est, en suivant les vallées du Djebel Maghara, qui conduisent tout droit à la côte méditerranéenne; il suffisait alors de la suivre jusqu’au pays des Philistins, que l’on contournait, et l’on arrivait bien vite en Canaan par le pays des Ethiens, nation amie. Pas du tout; au lieu d’aller au nord, Jéhovah conduisit nos Hébreux vers la pointe sud de la péninsule sinaïque; exactement comme si, chargé de guider un voyageur ayant à se rendre de Paris en Belgique, on lui faisait prendre la route de Lyon-Marseille!… Ainsi, tu vois, saint-père Léon, impossible de soutenir que Sabaoth-Jéhovah-Eheïeh n’est pas un fumiste!…
Comme il faut être juste, nous reconnaîtrons que, tout en allongeant ainsi la route, papa Bon Dieu paya quelques douceurs à son peuple. Ainsi, au départ de Baal-Zéphon, après la cantate, il conduisit nos Hébreux dans la partie occidentale du désert de Shur, où ils marchèrent trois jours sans trouver une goutte d’eau. Enfin, en un endroit qui depuis fut nommé Mara, ils furent agréablement surpris par le glou-glou d’une abondante source. On se précipite pour boire; v’lan! les eaux étaient amères, mais amères!… Grimace générale des trois millions de juifs.