Il est évident que le spectacle des monts Sinaï est incomparable; mais il n’en est pas moins vrai aussi que l’admiraration de cette superbe nature, si agréable qu’elle pût être aux Hébreux, ne leur mettait rien sous la dent. D’après l’Exode (Exode 16), ils en étaient alors au quinzième jour du second mois de leur sortie d’Egypte: sans aucun doute, les provisions qu’ils avaient emportées devaient être épuisées, et dans ce coquin de désert il n’y avait pas un seul restaurant ni une seule brasserie. Nos trois millions d’émigrants murmurèrent contre Moïse et Aaron.
«Et les enfants d’Israël leur dirent: Ah! que ne sommes-nous morts par la main du Seigneur au pays d’Egypte! Nous étions assis sur des marmites de viande, et nous mangions du pain tant que nous voulions. Mais vous, vous nous avez amenés dans ce désert, pour nous faire tous mourir de faim!» (16:2-3)
Et les Hébreux auraient fait un mauvais parti à Moïse, si papa Bon Dieu ne l’avait pas mis en mesure de satisfaire ces affamés par des prodiges que Robert-Houdin lui-même ne parvint jamais à égaler. Il y eut, dans ce désert de Sin, pluie de cailles; oui, vous m’entendez bien, mesdames et messieurs, des cailles! (v. 13). Or, comme les Hébreux n’avaient probablement pas de fourneaux, on peut conclure que ces cailles leur arrivèrent toutes rôties. Et ce ne fut pas tout:
«Voici qu’il y eut au matin une couche de rosée à l’entour du camp; c’était, dans le désert, une petite chose ronde, menue comme de la gelée blanche, sur la terre. Et Moïse dit aux Hébreux: C’est là le pain que l’Éternel vous donne à manger. Et les Hébreux nommèrent ce pain manne; et cette manne était comme de la semence de coriandre, et elle avait le goût des beignets au miel.» (16:13-15, 31)
Le même chapitre nous apprend que le peuple de Dieu eut, chaque matin, sa provision de manne pour la journée, pendant les quarante ans que dura le voyage, et que tous s’en régalaient, à s’en lécher les doigts. La vénération que j’ai pour l’Esprit-Saint m’oblige à ajouter que la manne se trouve encore non seulement dans la péninsule sinaïque, mais en beaucoup d’autres endroits du globe, notamment en Calabre, en Perse, dans le voisinage de l’Ararat, etc.; la manne est assez recommandée comme purgatif. Ainsi, papa Bon Dieu prenait grand soin de la santé des Israëlites: tout en leur remplissant le ventre, il veillait à ce qu’ils ne fussent pas constipés. Quarante ans de purge quotidienne, voilà qui est vraiment d’un bon père!
Du désert de Sin, les Hébreux passèrent au désert de Tyh, où se trouve Raphidim. Là, Moïse, assailli par ses compatriotes qui lui demandaient à boire, gravit le mont Horeb et frappa un rocher d’un coup de baguette; une fontaine d’eau vive en jaillit; nos trois millions d’émigrants se désaltérèrent; après quoi, ils dressèrent leurs tentes dans la plaine.