Après s’être promenés par monts et par vaux, les Hébreux revinrent au nord vers les Amorrhéens, gouvernés par le roi Sihon, à qui ils infligèrent une sanglante défaite; cette nation fut entièrement passée au fil de l’épée. Puis, Og, roi de Bassan, fut vaincu à son tour et égorgé, ainsi que tous ses sujets; le peuple de Dieu se mit en possession de ce nouveau territoire. Les émigrants d’Egypte étaient alors parvenus en un endroit que la Bible appelle Hijé-Habarim, à peu de distance de l’extrémité sud de la Mer Morte; ils eurent à traverser une petite chaîne de montagnes qui sert de frontière à la contrée occupée par les descendants de ce Moab, jadis engendré par le patriarche Loth épousant sa fille aînée dans une nuit de soulographie; or, la contrée des Moabites était bornée à l’est par le pays de Madian (c’est le troisième!), et Madianites et Moabiles vivaient en excellents voisins. On se demande pourquoi Moïse conduisit les Hébreux dans cette région; car, enfin, quel était le but du voyage? S’il faut en croire l’Exode, le prophète aux cornes rayonnantes trimbalait avec lui la momie de Joseph, destinée à une inhumation définitive dans la fameuse caverne de Macpéla, c’est-à-dire à Hébron, au territoire de Canaan, à l’ouest de la Mer Morte. Eh bien, la route était libre de ce côté-là, puisque les Amorrhéens, ayant eu la mauvaise idée de sortir de leur royaume pour s’opposer à l’invasion juive, venaient d’être tous exterminés; il ne restait donc plus qu’à s’installer là, c’était une partie de la Terre Promise. Au contraire, c’est à l’est de la Mer Morte, hors du pays de Canaan, que Moïse emmène ses compatriotes. Comprenne qui pourra!
Quoi qu’il en soit, le roi des Moabites, nommé Balak, apprenant la marche des Hébreux vers sa capitale, s’empressa de tenir conseil avec ses ministres et avec les plus sages magistrats des Madianites, ses alliés. Voici quelle résolution fut adoptée: il y avait en ce temps-là, dans la ville de Péthor, un certain Balaam, fils de Béhor, dont le métier était de dire la bonne aventure et de conjurer les mauvais sorts; on décida d’envoyer une délégation auprès de Balaam, pour obtenir une de ses meilleures bénédictions en faveur des Moabites et des Madianites, tandis qu’il formulerait une malédiction bien sentie contre les Hébreux. Balaam commença par refuser d’aller bénir le roi Balak, son peuple et ses alliés. Cependant, ayant cru comprendre à la fin que l’Eternel l’autorisait à se rendre aux désirs du monarque, il se mit en route avec la députation qui était venue le chercher. Il cheminait donc, juché sur son ânesse, quand tout-à-coup celle-ci aperçut un ange, armé d’une épée, qui lui barrait la route. L’ânesse, alors, de filer dans un champ, pour éviter l’ange.