Cela ne faisait pas l’affaire des lévites, lâchés pour leurs concurrents, les prêtres idolâtres. Aussi Phinées, fils du grand-prêtre Éléazar, ayant vu un jour un juif nommé Zimri entrer dans la maison de la belle Cozbi, madianite, s’y précipita au moment où ils étaient en train de forniquer et les transperça du même coup avec une longue javeline. Peu auparavant, Jéhovah avait envoyé une plaie à son peuple pour le punir; vingt-quatre mille hommes étaient déjà morts de cette plaie. Le coup de javeline de Phinées causa donc une grande joie à papa Bon Dieu, qui instantanément arrêta la maladie (v. 6-9). Toutefois, le seigneur Jéhovah ordonna à Moïse de préparer une extermination générale des Moabites et des Madianites.
Avant de mettre ce beau projet à exécution, Moïse fit procéder à un nouveau recensement; car il y avait alors trente-huit ans qu’on avait quitté le pays du Sinaï et qu’on était parti de Kibroth-Thaava et d’Hazeroth. Pendant ces trente-huit années, le peuple de Dieu s’était renouvelé, puisque Jéhovah avait eu soin d’avertir les émigrants qu’aucun de ceux qui étaient présents au départ d’Egypte n’entrerait dans la Terre Promise, à la seule exception de Josué et Caleb. Malgré les pertes de vingt-trois mille hommes égorgés pour l’affaire du veau d’or, de quatorze mille morts d’une plaie pour l’incident Coré-Dathan-Abiron et de vingt-quatre mille morts également d’une plaie mal définie en punition de la fornication avec les filles moabites et madianites, sans compter les milliers enterrés au sépulcre des gourmands ou tués par les serpents brûlants, la statistique de Moïse accusa un total de six cent un mille sept cent trente hommes en état de porter les armes, non compris les lévites, au nombre de vingt-trois mille (ch. 26).
Maintenant, si l’on veut examiner ce chemin parcouru en trente-huit ans, on constate une fois de plus à quel point le divin pigeon se fiche des croyants dévots. En effet, rien n’est plus facile que de suivre les Israélites dans leur prétendu voyage, en s’aidant soit d’un guide à l’usage des touristes, — par exemple, le Baedeker, Manuel du Voyageur en Palestine et en Syrie, — soit des ouvrages des savants, tels que Salomon Munck, Dclaborde, Burckhardt, de Raumer, Berton, etc., qui sont allés sur les lieux mêmes relever les principaux points du célèbre itinéraire; car la superstition a maintenu dans le pays une légende adoptée par les Arabes aussi bien que par les Juifs, attendu que Moïse figure au nombre des prophètes reconnus par l’Islamisme, et le fanatisme musulman ne le cède en rien à celui des autres religions qui ont la Bible pour livre sacré. Les cartes d’Elisée Reclus et celles de Keppert et Lionnet (Bibel-Atlas) sont également une précieuse ressource pour qui veut se rendre compte des blagues de l’Esprit-Saint.
Ainsi, nous allons refaire, par curiosité, un itinéraire moderne depuis Hazeroth, point de départ de la région du mont Sinaï, jusqu’au mont Nébo, où mourut Moïse en vue de la Terre Promise, en passant par le mont Hôr, où mourut Aaron, et par le pays des Moabites.