Rien d’intéressant n’est à relever dans les autres chapitres du livre des Nombres; ce sont des règlements sur les héritages, des ordonnances touchant les sacrifices pour les fêtes des trompettes, de l’expiation et des tabernacles, des récapitulations de campements, c’est-à-dire des redites, et des prescriptions relatives au futur partage de la Terre Promise, c’est-à-dire des énumérations que le livre de Josué reproduira avec des détails encore plus fastidieux.
Le Deutéronome, cinquième et dernier livre du Pentateuque, offre encore moins d’intérêt que le Lévitique et les Nombres. C’est, sous forme de discours, la répétition des diverses lois précédemment promulguées. Dans un premier discours, qui tient quatre chapitres, Moïse résume ce qui s’est passé depuis la sortie d’Égypte et rappelle aux Hébreux de quelle avalanche de bienfaits ils ont été accablés par Jéhovah. Dans un second discours, celui-ci en vingt-et-un chapitres, il expose de nouveau tout ce qui constitue pour le peuple juif son code civil et religieux. Puis, viennent un certain nombre d’exhortations relatives à l’observation de la loi: les Israélites seront bénis et leurs affaires prospéreront, s’ils accomplissent les commandements de Jéhovah; au contraire, s’ils les transgressent, les malédictions pleuvront sur leurs têtes, avec accompagnement de châtiments aussi nombreux que variés.
L’auteur sacré ayant bien soin de nous dire que lorsque, lui, Moïse, prononça ces discours, c’était l’Eternel même qui parlait par sa bouche, il n’est pas inutile de faire ressortir quelques perles de cette divine éloquence.
«Voici la quarantième année que vous êtes en chemin, et cependant les vêtements dont vous étiez couverts ne se sont point usés sur vous, ni vos souliers à vos pieds.» (Deutéronome 8:4)
Voilà, certes, un miracle qui est aussi miracle que tous les autres, et qui ne manque pas de gaîté. D’après les deux dénombrements que l’on connaît, il y a eu en chiffres ronds six cent mille hommes d’armes dans cette population émigrante, tant au sortir de l’Égypte qu’à l’arrivée au pays de Moab, et l’on sait aussi que les arrivants n’étaient plus les mêmes que les partants. Tous les théologiens sont d’accord pour reconnaître que ce nombre d’hommes d’armes suppose au départ, pour le total du peuple hébreu, trois millions d’individus, vieillards, femmes, jeunes filles, jeunes garçons et familles de lévites. Donc, puisque trois millions de personnes ont trouvé la mort dans le désert dans l’espace de ces quarante années, il y a eu trois millions de vestes et de robes et trois millions de paires de souliers qu’on s’est transmis des uns aux autres. Mais, puisque le dernier recensement a accusé un chiffre de six cent un mille sept cent trente combattants, sans compter vingt-trois mille lévites, si l’on suppose que chaque combattant et chaque lévite avaient une femme, que chaque ménage de ces juifs si prolifiques eût en moyenne trois enfants (c’est modeste!), que la moitié seulement des couples eussent avec eux leurs pères et mères, cela ferait quatre millions trois cent soixante-treize mille cent dix personnes à chausser et à vêtir. Ce calcul ne fait que mieux saillir la grandeur du miracle; car il a fallu ainsi que papa Bon Dieu donnât dans le désert à son peuple un million trois cent soixante-treize mille cent dix paires de souliers de plus, sans parler des tuniques!
D’ailleurs, saint Justin, dans son dialogue avec Tryphon, soutient que non seulement les habits des Hébreux ne s’usèrent point dans leur marche de quarante années au soleil et à la pluie, et en couchant sur la dure, mais que ceux des enfants croissaient avec eux et s’élargissaient merveilleusement au fur et à mesure qu’ils avançaient en âge. Et saint Jérôme ajoute dans une épître (la 38°) ces propres mots:
Une recommandation qui n’étonnera personne: