L’auteur sacré nous apprend ensuite que Gédéon, étant polygame, eut soixante-dix enfants; en outre, d’une concubine habitant Sichem, il eut un garçon, nommé Abimélec, qui fit bientôt parler de lui, d’une peu fraternelle façon (v. 30-31). Abimélec, dans un seul jour, coupa le cou
Les Sichémites, très fiers de leur compatriote, le bâtard de Gédéon, le proclamèrent roi; mais, au bout de trois ans, Abimélec avait cessé de plaire, et les révoltes se multiplièrent, fomentées par un certain Gaal. Abimélec s’empara de la ville révoltée et massacra le peuple; les chefs de l’insurrection s’étant réunis dans la tour de Sichem, il en fit le blocus et incendia ce fort dans un gigantesque feu de joie.
Il assiégea, peu de temps après, une ville du nom de Tébets; mais là, il reçut sur la tête une meule de moulin que lui lança une femme du haut de la citadelle. Cette énorme pierre lui brisa le crâne, comme on pense bien. Toutefois, Abimélec appela aussitôt le jeune garçon qui portait ses armes et lui dit: Je meurs; mais tue-moi tout de suite, afin qu’il ne soit pas dit que c’est une femme qui m’a tué. Alors, pour lui être agréable, l’adolescent le transperça (ch. 9). Abimélec, on le voit, avait de l’amour-propre.
Ainsi finit l’illustre bâtard de Gédéon. Après lui, la Bible mentionne les sieurs Tolah et Jaïr, qui furent juges d’Israël, l’un pendant vingt-trois ans, et l’autre pendant vingt-deux.
9. Les juges Jephté et Samson
Les leçons de l’expérience ne profitaient guère aux Juifs, en ce temps-là: ils avaient toujours des tendances à abandonner le culte de Jéhovah pour celui des autres dieux, et pourtant ils savaient ce qu’il leur en cuisait d’adorer Baal, Astaroth. Dagon, etc., dont leur batailleur Sabaoth était fort jaloux. Étant retombés dans l’apostasie, ils en furent punis par une nouvelle servitude; cette fois, c’est aux Ammonites qu’ils furent livrés. Voilà donc le sixième esclavage des Israélites, dans ce pays même qu’ils avaient conquis avec une armée de six cent mille hommes, en cette contrée où Josué avait complètement exterminé les premiers occupants.
Au bout de dix-huit ans de servitude de son peuple, Jéhovah se laissa toucher et suscita un libérateur:
«Jephté, homme fort et vaillant, était fils d’une prostituée qui avait couché avec Galaad. Mais Galaad avait eu de sa femme d’au très enfants, et ceux-ci, quand ils furent grands, chassèrent Jephté comme fils d’une mère indigne; et Jephté, s’étant établi dans la terre de Tob, se mit à la tête d’une troupe de gens sans aveu, avec lesquels il vagabondait en pillant de tous côtés.» (11:1-3)
Ce chef de bandits fut l’élu de Dieu.
En toute justice, il convient de dire que Jephté avait une qualité: il était excellent père. Il possédait une fille, son unique enfant, et il fallait voir comme il la choyait, comme il la dorlotait, comme il la bichonnait, comme il la couvrait de bijoux, comme il lui apportait chaque jour des montagnes de cadeaux! Il est vrai que bijoux et cadeaux ne lui coûtaient pas cher.
Ses compatriotes s’adressèrent donc à lui pour secouer le joug des Ammonites. Il accepta et se mit aussitôt en campagne. Mais, le brigandage n’excluant pas la piété, Jephté, avant de partir contre les Ammonites, fit vœu à Jéhovah de lui immoler, s’il était vainqueur, la première personne qu’il rencontrerait, venant de sa ville, à son retour…
Rien n’est plus facile à papa Bon Dieu que de donner la victoire à ses protégés. Or, comme d’une part le vieux Sabaoth chérissait son petit Jephté charmant, comme d’autre part il appréciait le sacrifice qui lui était promis, il décupla les forces du capitaine hébreu, et celui-ci tailla en pièces les Ammonites. Le carnage fut très grand, depuis Haroher jusqu’à Minith, dit la Bible, et vingt villes furent ravagées.
Mais quelle surprise attendait notre héros, lorsqu’il rentra dans sa bonne ville de Mitspa!… Un chœur de jeunes filles, jouant de la flûte et du tambourin, venait au-devant de lui pour célébrer son triomphe; en tête d’elles, marchait la fille même de Jephté, qui ne connaissait pas le vœu paternel, la pauvre bichette. C’était ce qui peut s’appeler une tuile…