Un brigand n’a que sa parole. D’ailleurs, la fillette se prêta de bonne grâce au sacrifice: elle demanda seulement et obtint deux mois de délai
Mais, après cette histoire, comment un tonsuré pourrait-il dire que le peuple de Dieu s’abstint des sacrifices humains? Aussi bien que le Moloch des Phéniciens et des Carthaginois, le dieu des Juifs, c’est-à-dire le dieu officiel d’aujourd’hui, agréait avec délices l’hommage du sang humain, malgré l’horreur toute naturelle qui s’attache à de tels holocaustes.
Jephté ne se borna pas à massacrer les Ammonites; il se rendit encore agréable à Jéhovah en égorgeant quarante-deux mille de ses compatriotes, qui avaient une mauvaise prononciation. Les gens d’Ephraïm, paraît-il, prononçaient, cha, che, chi, au lieu de ça, ce, ci: c’étaient les Auvergnats de l’époque, pourrait-on dire. Jephté embusqua donc ses soldats au passage du Jourdain, et alors… Il faut citer le texte sacré, c’est trop beau:
«Quand quelqu’un de ceux d’Éphraïm se présentait, en disant: Laissez-moi passer; les gens de Galaad l’interrogeaient en ces termes: Dis un peu Scibboleth. Mais l’Ephraïmite disait Chibboleth, car il ne pouvait pas prononcer comme il faut. Alors, le saisissant, ils le mettaient à mort au passage du Jourdain. Et il y eut ainsi quarante-deux mille hommes de la tribu d’Éphraïm qui furent tués.» (12:5-6)
Jephté fut juge en Israël pendant six ans; puis, il mourut et eut pour successeurs Ibtsan, de Bethléem; Elon, de la tribu de Zabulon, et Abdon, flls d’Hillel. Sous le gouvernement de ceux-ci, les Hébreux vécurent en paix.
Nous voici arrivés au fameux Samson, le terrible parmi les terribles, l’Hercule biblique. Les Philistins, qui n’avaient pas trop fait parler d’eux jusqu’à présent, entrent sérieusement en scène et vont, pendant des siècles, donner du fil à retordre au peuple de Dieu. Ces mécréants débutèrent par un asservissement de quarante années; ils matèrent les Juifs et ne leur épargnèrent aucune humiliation. Quand Jéhovah décréta qu’il était temps de préparer la délivrance des enfants d’Israël, il s’y prit de bonne heure, cette fois, en employant une vieille méthode: il envoya un ange au sieur Manoah, de la tribu de Dan, qui avait une femme stérile; peu après la visite de l’ange, Mme Manoah fut enceinte. L’ange fit promettre à la mère que son enfant ne se couperait jamais les cheveux; Mme Manoah mit au monde le providentiel bébé, M. Manoah fut dans une joie que je renonce à décrire, et l’enfant reçut le nom de Samson (ch. 13).
Le gaillard, dès son jeune âge, fit preuve d’une force extraordinaire. Un jour, rien qu’en s’amusant, il tua un des plus terribles lions de la contrée. Dès qu’il fut pubère, il voulut se marier, et, ce qui paraîtra bizarre de la part d’un élu de Dieu, c’est une philistine qu’il désira avoir pour femme: ses parents eurent beau lui rappeler que les mariages avec des filles idolâtres étaient interdits par la loi de Moïse, le jeune Samson répliqua qu’il y avait exception pour lui; il épousa donc sa philistine.
Pendant les noces, qui durèrent plusieurs jours, il proposa une énigme aux jeunes gens de la famille de son épouse: l’enjeu consistait en trente chemises et trente tuniques que ceux-ci auraient à offrir à Samson, s’ils ne pouvaient parvenir à deviner son énigme, et réciproquement. La mariée, qui tenait à faire gagner à ses parents ce lot important de frusques, se fit dire par Samson le mot de l’énigme, le soir, sur l’oreiller, et l’enseigna ensuite aux jeunes philistins. Samson, ayant ainsi perdu son pari, n’avait plus qu’à s’exécuter. Pour cela, il se rendit à Ascalon, chercha querelle à trente philistins, qu’il embrocha sans la moindre difficulté, prit leurs chemises et leurs tuniques et les donna aux devineurs gagnants. Quant à sa femme, qui avait eu la rosserie de lui tirer les vers du nez et de le trahir, elle ne termina pas son mariage avec lui: on était au septième et dernier jour des noces; le beau-père, ce soir-là, sans prévenir Samson, adjugea la mariée à un compagnon, que le jeune hébreu considérait comme son meilleur ami. (ch. 14)