Après cette râfle, Sennachérib aurait pu laisser la paix à Ezéchias. Pas du tout. Il revint bientôt à la charge, en lui envoyant un certain Rabsçaké chargé de lui poser une question, tandis qu’il faisait investir Jérusalem par son armée. Cette question était celle-ci: Quelle est la confiance sur laquelle tu t’appuies? Si c’est ta confiance en Jéhovah, elle ne te sauvera pas. Ezéchias avait délégué trois parlementaires auprès de Rabsçaké, et ceux-ci, entendant un tel langage, lui dirent:
«Nous te prions de nous parler en langue syriaque, car nous la comprenons; mais ne parle pas en langue judaïque, à cause du peuple qui est là sur les remparts et qui écoute.» (v. 26)
Mais Rabsçaké fut plus insolent encore.
«Mon maître, dit-il, m’a envoyé pour que tout le monde entende ce que j’ai à dire; et il faut que les habitants de Jérusalem sachent que nous leur ferons manger leurs propres excréments et qu’ils boiront leur urine avec vous.» (v. 27)
Ezéchias n’avait pas trop eu confiance en Jéhovah, puisque tout d’abord il s’était laissé dépouiller sans résistance. Cependant, le prophète Isaïe, qui vivait alors, lui remonta le moral, et, ce qui était le plus important, papa Bon Dieu vint à son aide.
«Il arriva, en une nuit, qu’un ange de Jéhovah descendit du ciel et tua cent quatre-vingt-cinq mille hommes dans le camp des Assyriens autour de Jérusalem; et, au point du jour, quand le roi Sennachérib vit tous ces corps morts, il ordonna aux survivants de plier bagage et s’en retourna à Ninive.» (19:35-36)
La Bible dit ensuite que Sennachérib fut tué par ses fils Adramélec et Saratsar, qui, après ce meurtre, se réfugièrent en Arménie, et qu’un autre fils de Sennachérib, nommé Assar-Iladdon, monta sur le trône (v. 37); puis, au chapitre suivant, l’auteur sacré dit qu’Ezéchias, dans les dernières années de son règne, fit alliance avec Mérodak-Baladan, roi de Babylone (20:12). Ces affirmations ne concordent guère avec les découvertes des archéologues touchant l’histoire des royaumes assyriens; car il résulte des inscriptions du fameux palais de Khorsabad, découvert en 1842 par M. Botta, consul de France à Mossoul, que Mérodak-Baladan fut chassé de Chaldée par Salmanazar même, père de Sennachérib, son vainqueur à la bataille de Betlakin (709 av. J.-C), et Salmanazar, après cette victoire, s’empara de Babylone et réunit ce royaume à celui de Ninive. Comment donc Ezéchias pouvait-il être l’allié de Mérodak-Baladan, sous le règne d’Assar-Haddon, fils de Sennachérib, puisque ce roi de Babylone avait perdu ses états dans sa guerre contre le roi de Ninive, grand-père d’Assar-Haddon, et puisque Assar-Haddon, régnant au temps des dernières années d’Ezéchias, était à la fois roi de Ninive et de Babylone?
Mais, si l’on ne veut pas tenir compte des découvertes des savants et si l’on préfère s’en rapporter exclusivement à la Bible, on ne peut néanmoins s’empêcher de faire cette remarque: c’est que Jéhovah, qui avait dit à Ezéchias par la bouche du prophète Isaïe:
«Je délivrerai Jérusalem, et, si je veux que cette ville soit garantie contre les ennemis, c’est à cause de moi et à cause des bonnes œuvres de David» (19:34),
aurait fort bien pu ne pas attendre la seconde invasion de Sennachérib; car, puisqu’en sa qualité de Tout-Puissant il avait décrété que Jérusalem était sous sa protection, mieux valait la protéger tout de suite, au lieu de permettre à Sennachérib d’emporter toutes les richesses du pays et tous les trésors du temple, demeure divine. On ne comprend pas non plus pourquoi le seigneur Sabaoth, qui se déclarait solennellement le protecteur de la tribu de Juda, et qui, par le bras de son ange exterminateur, tuait en une seule nuit cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens, abandonna quelques années plus tard cette tribu dont la verge devait dominer toujours, laissa détruire son sanctuaire sacro-saint par une autre armée d’Assyriens, et vit tout tranquillement cette tribu et celle de Benjamin, avec tant de lévites, plongées dans les fers.