Une nuée d’incrédules fond sur cette marmelade de figues et sur ce cadran solaire en goguette. Ou le mal d’Ezéchias, disent-ils, était bien peu de chose, puisqu’il fut guéri par un simple emplâtre de figues; ou bien c’est la vertu seule du pouvoir divin qui opéra la guérison du roi à deux doigts de la mort, et alors cette marmelade est d’une inutilité absolue qui crève les yeux. Quant à l’histoire du cadran solaire, Ézéchias produit à tous les critiques l’effet d’un parfait imbécile quand il dit qu’il est plus facile à l’ombre d’avancer que de reculer; dans l’un et l’autre cas, les lois de la nature sont également violées, et tout l’ordre du ciel est également interrompu. En outre, la rétrogradation de l’ombre sur le cadran solaire d’Achaz ne paraît qu’une copie renforcée du miracle de Josué. Par contre, les théologiens n’hésitent pas à croire que le soleil s’arrêta pour Josué et recula pour Ezéchias. Isaïe même, au chap. 38 de son livre de prophéties, revient sur ce fait et dit très nettement: «Le soleil rétrograda de dix degrés»; mais il est clair qu’Isaïe, quoique prophète, se met le doigt dans l’œil; car l’ombre est toujours opposée au soleil, et, si le soleil est à l’orient, l’ombre est à l’occident. Pour que l’ombre, sur le cadran solaire d’Achaz, rétrogradât de dix degrés vers le matin, il aurait fallu que le soleil se fût avancé de dix degrés vers le soir. Le fait matériel du mouvement de l’ombre sur le cadran, tel que l’indique l’auteur sacré, serait donc impossible, même si le miracle était possible. Enfin, à tout considérer, il y aurait eu un jour double dans la nature, et une nuit totalement supprimée!

Mais le plus curieux de tous les faits étranges qui signalent cette époque, c’est le trépas d’Isaïe: cet homme, qui était le miracle incarné, ne put faire aucun miracle le jour où sa vie fut en danger. Manassès, fils et successeur d’Ézéchias, que le coup du cadran solaire avait laissé fort sceptique, fut aussi impie que son père avait été bigot. Voulant voir si Isaïe avait, pour sa préservation personnelle, quelque marmelade de figues, il fit saisir le prophète et ordonna de le scier en deux. L’infortuné Isaïe fut scié comme s’il avait été une simple planche; ni Raphaël ni aucun autre ange ne vinrent à son secours. Peut-être Jéhovah, pendant le supplice de son fidèle serviteur, était occupé aux affaires de quelque autre planète.

Pendant que nous en sommes à cette période si embrouillée de la fin du royaume de Juda, il convient de parler de Judith, dont l’unique exploit est à jamais célèbre et se trouve narré dans un livre spécial. L’épisode est tellement connu, qu’il suffira de le rappeler en quelques lignes.

A une époque que la Bible ne précise pas, mais qui précède de peu la destruction du royaume de Juda, la ville de Béthulie, tout à fait inconnue des historiens et des géographes, fut mise en état de blocus par une armée de Nabuchodonosor, que commandait le général Holopherne, personnage dont il n’est question nulle part dans les documents assyriens. Holopherne coupa les canaux qui alimentaient Béthulie, de sorte que les assiégés, privés d’eau, tiraient la langue comme des caniches en été.

La situation devenait intolérable. C’est alors qu’une jolie veuve béthulienne, Judith, dont le mari était mort d’un coup de soleil, au temps de la moisson des orges, résolut de sauver sa patrie. Pour cela, elle revêtit sa plus belle robe, se parfuma des odeurs les plus excitantes, et, suivie d’une vieille négresse, se rendit au camp des assiégeants. Holopherne, galant au possible, suivant l’habitude des pioupious, invita Judith à dîner en tête à tête dans sa tente.

On fit bombance, on vida de nombreuses coupes, on se dit même des choses aimables au dessert. Mais, après le festin, tandis qu’Holopherne, très content de sa soirée, se prélassait sur son lit de repos, Judith saisit prestement un instrument tranchant, et, d’un coup sec, décapita le général. Que l’on dise après cela que l’amour ne fait pas quelquefois perdre la tête!

Puis, Judith, sans être vue de personne, rentra en ville; la négresse, sa suivante, avait mis la tête d’Holopherne dans un sac. On accrocha aux murs de Béthulie la binette du généralissime des armées de Nabuchodonosor. Aussi, quand les assiégeants l’aperçurent, ils s’enfuirent à toutes jambes, sans même songer à se mettre sous les ordres d’un autre chef.

Nous nous bornerons à reproduire le commentaire de Voltaire sur cet épisode biblique:

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