«Un géographe serait bien empêché à placer Béthulie: tantôt on la met à quarante lieues au nord de Jérusalem, tantôt à quelques milles au midi; mais une honnête femme serait encore plus embarrassée à justifier la conduite de la belle Judith. Aller coucher avec un général d’armée pour lui couper la tête, cela n’est pas modeste. Mettre cette tête toute sanglante, de ses mains sanglantes, dans un petit sac, et s’en retourner paisiblement avec sa servante à travers une armée de cinquante mille hommes, sans être arrêtée par aucune sentinelle, cela n’est pas commun.

Une chose encore plus rare, c’est d’avoir demeuré cent cinq ans après ce bel exploit dans la maison de feu son marri comme il est dit au chapitre 16, v. 28. Si nous supposons qu’elle était âgée de trente ans quand elle fit ce coup vigoureux, elle aurait donc vécu cent trente-cinq années. Dom Calmet nous tire d’embarras en nous disant qu’elle avait soixante-cinq ans lorsque Holopherne fut épris de son extrême beauté: c’est le bel âge pour tourner et couper des têtes. Mais le texte nous replonge dans une autre difficulté: il dit que personne ne troubla Israël tant qu’elle vécut; et malheureusement, ce fut le temps de ses plus grands désastres.»

Voici, d’ailleurs, le texte, traduit mot à mot:

«Et durant tout le temps que Judith vécut, il n’y eut personne qui épouvantât Israël, jusque longtemps après sa mort.» (Judith 16:30, terminant le livre)

Ce texte va nous servir à montrer, une fois de plus, avec quel aplomb le divin inspirateur de la Bible se moque des fidèles. Si l’on admet l’interprétation du bénédictin Calmet et des théologiens catholiques, c’est-à-dire que Judith avait soixante-cinq ans (ce qui n’est dit nulle part) lorsqu’elle tua Holopherne, et que le verset 28 signifie qu’elle vécut cent cinq ans en tout, et non cent cinq ans encore après son exploit, il n’en reste pas moins quarante années entre le dit exploit et la mort de l’héroïne. Or, en rapprochant le livre biblique des Rois (chapitres consacrés aux derniers rois de Juda) de ce que l’on sait de l’histoire des empires d’Assyrie, on y trouve la preuve éclatante du mensonge de l’histoire de Judith.

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