Puisque le déluge de la Genèse détruisit tout et que Noé fut le restaurateur du genre humain, la généalogie de ce patriarche devrait être la seule en honneur chez les historiens de toutes les nations. Comment les noms d’Adam et Eve, de Caïn et Abel, d’Énoch et Mathusalem, de Lamech, Noé, Sem, Cham et Japhet, n’ont-ils pas été inscrits sur tous les parchemins dès qu’on a su écrire, au lieu de figurer uniquement dans les livres des Juifs, nation intime? Lorsque les survivants de l’arche se répandirent dans les diverses contrées et donnèrent naissance à tous les peuples, ils oublièrent donc jusqu’aux noms de nos premiers parents! La culture de la vigne ne réussit même pas à préserver Noé de l’oubli général, puisque chez un grand nombre de nations Bacchus fut célébré comme inventeur du vin.

Quant au déluge, les critiques y voient un des cataclysmes naturels des premiers âges du monde, et ils prétendent qu’il y eut plusieurs cataclysmes régionaux de ce genre; car les Grecs ont le déluge de Deucalion, qui ne ressemble pas à celui de Noé; les Egyptiens ont la submersion de l’Ile Atlantide, différente aussi du déluge juif; chez les Chaldéens, la grande catastrophe est l’inondation du Pont-Euxin, avec un sauvetage opéré par le roi Xissutre. Si le déluge avait été universel, osent dire les critiques, le nom de Noé aurait été universel aussi, et ce sont les noms de Deucalion et du roi Xissutre qui ne se trouveraient nulle part. Et rien n’est plus extraordinaire qu’Hésiode et Homère, qui parlent de tout, n’aient pas dit un mot d’Adam et de Noé, l’un, père du genre humain, l’autre, tige de toutes les races.

Il faut avouer qu’une telle réticence est sans exemple; car on ne peut, décemment, accuser le divin pigeon d’avoir poussé la fumisterie jusqu’à donner au premier homme et au sauveur de l’espèce humaine noyée des noms de pure fantaisie, dépourvus de toute authenticité.

<p>5. Heureuse vie d’un patriarche bien-aimé</p>

On se rappelle, sans doute, que Jéhovah avait arrêté que la vie des hommes ne dépasserait plus six fois vingt ans (6:3). En dépit de ce décret, Sem s’obstina à vivre six cents ans (11:11); Arphaxad, quatre cent trente-huit ans (v. 13); Salé, quatre cent trente-trois ans (v. 15); Héber, quatre cent soixante-quatre ans (v. 17); Phaleg et Réhu, chacun deux cent trente-neuf ans (v. 19-21); Saroug, deux cent trente ans (v. 23); Nachor, cent quarante-huit ans (v. 25); Tharé, deux cent cinq ans (v. 32). Ces huit descendants de Sem nous mènent à Abraham, qui allait jouer un rôle considérable dans la légende du peuple juif.

La Genèse ne dit pas pourquoi papa Bon Dieu s’enticha de cet Abraham, nommé d’abord Abram, fils de Tharé. Il vivait en un pays nommé Caran, lorsque Jéhovah parut devant lui un beau matin et lui ordonna brusquement, mais amicalement, de faire ses malles.

«L’Éternel dit à Abram: Sors de ton pays et de ton parentage, et de la maison de ton père, et viens au pays que je te montrerai. — Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je magnifierai ton nom, et tu seras bénédiction. — Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai ceux qui te maudiront, et, toutes les familles de la terre seront bénies en toi.» (12:1-3)

Abram, alors âgé de soixante-quinze ans, ne demanda aucune explication, réalisa les biens qu’il avait acquis, et se mit en voyage, sans savoir au juste où il allait, emmenant sa femme Saraï, son neveu Loth et sa femme Édith, et quelques domestiques.

La caravane eut d’abord deux cents lieues à faire pour rechercher le pays de Canaan, que Dieu tenait à montrer à Abram, afin de le régaler d’une prophétie; il lui promit, en effet, que ce territoire appartiendrait un jour à sa postérité. Nos voyageurs marchaient, marchaient toujours, à travers des plaines sablonneuses où n’existait aucune végétation. Pour ranimer sa foi et son courage, le patriarche nomade élevait un autel dans le désert et priait le Très-Haut de le faire arriver au plus tôt à destination; car cette longue excursion lui usait par trop la plante des pieds, ainsi qu’à toute sa famille.

Après avoir traversé le pays de Canaan, ceux de Béthel et d’Haï, la caravane s’avança vers le midi; enfin, on arriva en Egypte.

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