«Alors toute la terre avait un même langage et une même parole. — Mais il arriva, comme les hommes partirent de l’Orient, qu’ils trouvèrent une campagne au pays de Sennaar, où ils habitèrent. — Et ils se dirent entre eux: Allons, faisons des briques et cuisons-les au feu; et ils eurent des briques au lieu de pierres, et du bitume au lieu de mortier. — Et ils se dirent encore: Venez, bâtissons-nous une ville, ainsi qu’une tour dont le sommet atteigne jusqu’aux cieux, et acquérons-nous une grande renommée avant de nous disperser sur toute la terre.

— Alors l’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. — Et il dit: Voici, ils ne sont qu’un peuple, et tous ont un même langage, et ils commencent à travailler; et maintenant rien ne les empêchera d’exécuter ce qu’ils ont projeté. — Venez donc, descendons, et confondons là leur langage, afin que nul d’entre eux ne comprenne plus ce que lui dira son voisin. — Ainsi l’Eternel les dispersa de là par toute la terre, et ils cessèrent de bâtir la cité. — C’est pourquoi son nom fut appelé Babel.» (11:1-9)

Saint Jérôme, dans son commentaire sur Isaïe, dit que la tour de Babel avait déjà quatre mille pas de hauteur, quand Jéhovah décréta l’interruption des travaux, et Voltaire observe que cela ferait vingt mille pieds, soit dix fois plus d’élévation que la grande pyramide d’Egypte, laquelle a 142 mètres de haut. Or, les pyramides ont subsisté, et il ne reste aucune trace de cette prodigieuse entreprise de la tour de Babel, que la Genèse place vers la cent dix-septième année après le déluge. Pour une hauteur de quatorze cents mètres, qui n’était pas encore le faîte, il a fallu une base d’un développement formidable; comment cette immense masse de maçonnerie, si compacte et si solide, a-t-elle pu disparaître? On ne peut que supposer un tour d’escamotage divin, que l’auteur sacré a négligé de mentionner.

A un autre point de vue: si la population du genre humain avait suivi l’ordre de progression qu’elle suit aujourd’hui, il n’y aurait eu ni assez d’hommes ni assez de temps pour inventer tous les arts nécessaires dont un ouvrage si colossal exigeait l’usage. Il faut donc regarder cette aventure comme un prodige.

Un prodige non moins grand est la formation subite de tant de langues. Les commentateurs, dit Voltaire, ont recherché quelles langues-mères naquirent tout à coup de cette dispersion des peuples; mais ils n’ont jamais fait attention à aucune des langues anciennes qu’on parle depuis l’Indus jusqu’au Japon. Il serait curieux de compter le nombre des différents langages qui se parlent aujourd’hui sur la surface du globe. Il y en a plus de trois cents dans ce que nous connaissons de l’Amérique, et plus de trois mille dans ce que nous connaissons de notre continent. Chaque province chinoise a son idiome; le peuple de Pékin entend très difficilement le peuple de Canton, et l’Indien des côtes du Malabar ne comprend pas du tout l’Indien de Bénarès. Au reste, toute la terre ignora le prodige de la tour de Babel; il ne fut connu que des écrivains hébreux.

Ce qui domine tout, d’ailleurs, ce qui provoque au plus haut degré la stupéfaction, c’est de constater que les grands faits historiques, relatés par la Bible au sujet des origines de l’humanité, sont totalement ignorés de tous les peuples. On comprend que les Grecs, les Romains, les Egyptiens, les Chaldéens, les Perses, les Hindous, les Chinois, n’aient pas eu connaissance des faits et gestes d’un Gédéon, d’un Samson ou de tout autre héros simplement israëlite; mais que les noms d’Adam et de Noé soient inconnus chez ces nations, c’est une autre affaire.

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