Au sujet du nombre de villes brûlées, les lignes qui précèdent ne contiennent aucun renseignement précis. Sodome et Gomorrhe sont seules nommées; néanmoins, les théologiens sont d’avis que toutes les cités de cette plaine furent détruites par le feu du ciel, et même un nom a été imaginé par eux: ils appellent «la Pentapole» la région dévastée, ce qui signifie «le pays des cinq villes». Il y aurait donc eu cinq villes criminelles. A l’appui de leur thèse, les théologiens se reportent au chapitre 14, où est racontée la guerre au cours de laquelle Loth fut fait prisonnier, puis délivré grâce à l’intervention victorieuse d’Abraham et de ses trois cent dix-huit domestiques d’élite; le verset 2 de ce chapitre nomme, en effet, cinq royaumes qui auraient existé dans cette région, et l’on en a conclu que les villes coupables, dont Jéhovah avait décrété l’extermination, sont précisément les capitales de ces cinq royaumes.

Voici, au surplus, ce passage:

«Les quatre rois (Amraphel, Arioch, Chodorlahomor et Thadal) firent la guerre contre Bérah, roi de Sodome, contre Birsah, roi de Gomorrhe, contre Scinab, roi d’Adama, contre Scemeber, roi de Séboïm, et contre le roi de Belah, qui a été nommée plus tard Tsohar. — Tous ceux-ci s’étaient réunis dans la vallée de Siddim, qui est aujourd’hui la Mer de Sel.» (14:2-3)

Mais cette ingénieuse interprétation des théologiens ne réussit qu’à faire mieux ressortir les contradictions de la Bible. En effet, voici bien les villes coupables: Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboïm et Belah. Ainsi donc, le Seigneur Jéhovah, causant avec Abraham, a maintenu son décret d’extermination contre toute la Pentapole, parce qu’à Sodome il n’y a pas dix justes en tout, n’est-ce pas? et, par contre, les anges incendiaires épargnent Belab, nommée pour ce motif Tsohar, tout simplement parce que Loth a désiré se transporter dans cette ville!… Cependant, les habitants de Belah-Tsohar étaient, — il n’y pas à sortir de là, — adonnés au même vice que les Sodomites, puisque Dieu les avait voués d’abord à la pluie de feu. Dira-t-on que les Bélaïtes, n’ayant pas reçu la visite des anges, n’ont pas manifesté contre ceux-ci leurs désirs infâmes, et que cette circonstance a pu être tenue pour atténuante? Soit; mais les Gomorrhéens, les Adamaïtes et les Séboïmites furent dans le même cas et n’en ont pas moins été exterminés.

En ce qui concerne Gomorrhe, la science des théologiens s’est exercée d’une façon curieuse, et, sans qu’on sache pourquoi, l’Église a admis, en vertu d’une tradition dont on ne retrouve de trace nulle part, que le péché de cette ville était exactement tout le contraire du péché de Sodome.

Il en résulte que ce que les Grecs appelaient «pédérastie» se nomme «sodomie» dans le langage des ecclésiastiques; d’autre part, le vice saphiste, qui a acquis une renommée universelle aux dames de l’île de Lesbos, devient, chez nos tonsurés, le vice des «gomorrhéennes».

Par conséquent, on comprend bien maintenant quel était ce cri qui s’éleva de Sodome et de Gomorrhe et qui monta jusqu’au ciel, selon la déclaration du vieux Schaddaï parlant à Abraham. A Sodome, c’étaient les femmes qui se plaignaient d’être délaissées; par contre, à Gomorrhe, c’étaient les maris sans ouvrage qui hurlaient leurs lamentations à l’Eternel. Mais alors on est en droit de se demander pourquoi, à Sodome, la vindicte céleste a exterminé les femmes, puisque les hommes étaient en réalité les seuls coupables dans cette ville, et pourquoi, à Gomorrhe, papa Bon Dieu n’a pas épargné ces infortunés maris, déjà fort marris de ce que mesdames leurs épouses se passaient d’eux. Et, si l’on veut se borner à l’examen d’un cas particulier, il est évident que les deux messieurs de Sodome qui s’étaient fiancés aux filles de Loth n’étaient pas pédérastes; leur mariage était si bien arrêté, tellement prêt à être célébré, que le saint homme les appelait déjà ses gendres. D’après l’auteur sacré, il n’apparaît aucunement que ces deux gendres de Loth fussent coupables du même excès d’impureté abominable pour laquelle les Sodomites furent brûlés avec leur ville; le texte ne les montre nullement dans la troupe qui voulut violer les deux anges; loin de là, la Genèse laisse entendre qu’ils étaient retirés fort honnêtement chez eux, puisque Loth alla les réveiller, pour les inviter à filer avec lui; néanmoins, ils furent enveloppés dans la destruction générale.

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