Quant à la femme de Loth, il faut avouer qu’elle paya cher le mouvement de compassion qui lui fit retourner la tête vers cette ville où se trouvaient sans doute ses parents. Sa transformation subite en statue de sel a été, en quelque sorte, confirmée par des écrivains juifs ou chrétiens des premiers siècles de l’ère vulgaire. L’historien juif Flavius Josèphe assure, dans son livre des Antiquités, qu’il a vu cette statue, et qu’on la montrait encore de son temps. Les sceptiques croient que des israélites de l’endroit ont fort bien pu s’amuser à tailler un morceau d’asphalte en figure grossière, et à dire: C’est la femme de Loth. On a vu des ouvrages en bitume travaillés avec art et pouvant subsister longtemps. D’autre part, saint Irénée est allé très loin en affirmant ceci: «La femme de Loth n’est plus de la chair corruptible; mais, tout en demeurant toujours à l’état de statue de sel, elle continue d’avoir ses règles chaque mois.» (Livre 4, chap. 2) Tertullien, dans le Poème de Sodome, affirme la même chose, avec plus d’énergie encore: «Dicitur, et vivens salso sub corpore, sexus mirifice solito dispungere sanguine menses.» Toutefois, cette merveille est restée inconnue aux Romains qui vinrent en Palestine: quand ils prirent Jérusalem, ils n’eurent par la curiosité d’aller voir la miraculeuse statue de sel, par la bonne raison que personne ne leur en parla; et même, ni Pompée, ni Titus, ni Adrien n’avaient jamais entendu parler de Loth, de sa femme Edith et de ses deux filles, ni d’Abraham, ni d’aucun personnage de cette famille. Aujourd’hui, les voyageurs, qui vont explorer les environs de la Mer Morte, n’y constatent la présence d’aucune statue de sel ou d’asphalte les musulmans du pays n’ont pas songé à en fabriquer une, qui ferait grand plaisir aux curieux; en revanche, ils montrent aux pèlerins le chêne de Mambré, à l’ombre duquel Jéhovah et les deux anges dévorèrent un veau tout entier et une quantité formidable de pains et de fromage à la crème.

Strabon, le célèbre géographe grec, qui mourut à l’époque où la légende chrétienne place la naissance de Jésus, visita en détail l’Asie Mineure et tout particulièrement la Palestine, sur laquelle il a écrit des rapports minutieux; notamment, il se rendit dans la région de Sodome et de la Mer Morte, et il ne dit pas un mot de la statue de sel, que Josèphe, quelques années plus tard, affirme avoir vue. Ce que Strabon relate, en voyageur impartial, est fort curieux à lire, parce que l’opinion des Juifs qui habitaient alors le pays ne concorde pas exactement avec la Bible; loin de croire à une pluie de feu, causée par des crimes, les israëlites attribuaient la dévastation de la contrée à des causes très naturelles, à des éruptions volcaniques.

Citons donc Strabon: «Que cette région ait été travaillée par le feu, l’on en apporte plus d’une preuve: des rochers brûlés, de nombreuses crevasses, une terre de cendres, des fleuves qui répandent au loin une odeur infecte, et, çà et là, des habitations en ruine. Tout cela fait croire ce que racontent les habitants du pays, c’est-à-dire qu’autrefois il y avait là treize villes, dont Sodome était la métropole: mais que, par des tremblements de terre, des éruptions de feux souterrains et les vagues brûlantes d’eaux bitumeuses et sulfureuses, le lac envahit la contrée, et les rochers gardèrent les marques du cataclysme. Parmi ces villes, les unes furent englouties, les autres abandonnées par les habitants qui purent se sauver.» (Géographie de Strabon, livre 16, chap. 2)

Ceci ne ressemble guère au verset 24 du chapitre 19 de la Genèse: «Alors, l’Eternel fit pleuvoir, sur Sodome et sur Gomorrhe, du soufre et du feu, qui tombaient du ciel.»

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