La mère de la jeune fille aurait bien voulu que le départ fût retardé de dix jours. Mais Rébecca, interrogée, déclara qu’elle avait hâte d’être auprès de ce fiancé inconnu. Il est difficile de croire, pourtant, qu’Eliézer lui avait montré la photographie d’Isaac; mais elle n’en avait pas moins reçu le coup de foudre. De son côté, le jeune Isaac, bien qu’il ne sût pas quelle femme lui ramènerait Eliézer, ni même s’il lui en ramènerait une, était amoureux, amoureux fou; il passait ses jours et ses nuits sur la grande route. On s’imagine donc aisément la joie qu’il éprouva, lorsqu’un beau matin il constata qu’Eliézer ne rentrait pas bredouille. L’intendant fit un récit fidèle de son voyage; les deux jeunes gens se jetèrent dans les bras l’un de l’autre.
«Alors, Isaac fit entrer aussitôt Rébecca dans la tente qui avait été celle de Sara, sa mère; et il prit Rébecca pour femme; et il l’aima tant, qu’ainsi il fut consolé de la mort de sa mère.» (24:67)
Dans les premiers temps, Isaac eut beau exécuter des prodiges de bonne volonté, il ne réussissait pas à devenir papa aussi vite qu’il l’aurait voulu. Il n’en faut pas davantage pour que la Genèse accuse Rébecca de stérilité; c’est toujours la faute des femmes, parbleu!
«Et Isaac, voyant sa femme inféconde, pria instamment l’Eternel pour elle; et l’Eternel fut fléchi par ses prières, et Rébecca conçut.» (25:21)
Entre nous, Jéhovah faisait des manières; car, oui ou non avait-il promis à Abraham qu’il aurait une descendance à n’en plus finir? Oui, n’est-ce pas? Or, c’est sa Providence elle-même qui avait choisi Rébecca pour être l’épouse du fils d’Abraham; papa Bon Dieu ne pouvait donc pas, sans faillir à sa parole, avoir donné à Isaac une femme improductive. C’est clair. S’il avait encore fermé cette vulve, c’était donc purement et simplement histoire de se payer le plaisir de la rouvrir, après avoir fait un peu poser l’héritier de son bienaimé Alphonse Abraham.
Mais ici l’histoire se complique.
«Or, Rébecca ayant conçu, deux enfants étaient dans son ventre, et ils s’y battaient. Et Rébecca dit: S’il en est ainsi, pourquoi ai-je conçu? Et elle alla consulter l’Eternel.» (25:22)
On ne voit pas bien comment deux foetus peuvent se battre dans une matrice, surtout au commencement d’une grossesse. Une femme peut sentir des douleurs; mais de là à sentir qu’il y a en elle des séances de boxe et de chausson entre deux jumeaux, il y a loin! d’autant plus que, jusqu’à la délivrance, on ne sait jamais si un seul enfant viendra ou s’il y aura deux jumeaux; le médecin accoucheur lui-même ne saurait prophétiser à ce sujet; même, dans l’accouchement, an moment où l’enfant se présente, nul praticien ne peut affirmer si l’enfantement sera simple ou double.
L’auteur sacré néglige de dire en quel endroit Rébecca se rendit pour consulter papa Bon Dieu. Le tabernacle n’avait pas été encore inventé. C’était Jéhovah qui apparaissait quand il voulait; il n’avait élu aucun domicile sur terre.
Néanmoins, il fut consulté, et il répondit:
«Deux nations sont dans ton ventre, dit l’Eternel à Rébecca, et deux peuples sortiront de ta vulve; ils se diviseront; l’un des deux sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera assujetti au plus petit.» (25:23)