Enfin, le temps de l’accouchement vint; Rébecca eut les douleurs, en punition de la gourmandise d’Ève,
Ce fut Esaü qu’on déclara l’aîné. On sait que la question de primogéniture est tranchée, dans diverses jurisprudences, au profit de celui des deux jumeaux qui est venu au monde le second, et, pour décider ainsi, on s’appuie sur ce que, conçu et formé le premier, il a dû occuper le fond de la cavité utérine. A raison de cela, peut-être pensera-t-on que Jacob était plus naturellement l’aîné qu’Ésaü. Mais ces enfants s’étaient tellement battus dans le ventre de leur mère, qu’ils avaient, sans doute, changé fort souvent de place! On ne songea donc pas à tirer à la courte paille à qui revenait le titre d’aîné, et l’on jugea plus simple de le donner à celui qui avait vu la lumière le premier. D’ailleurs, Jacob n’allait pas tarder à se substituer à Ésaü.
«Lorsqu’ils furent adultes, Ésaü fut un habile chasseur et homme de campagne; mais Jacob était un homme simple, se tenant à demeure dans les tentes. — Et Isaac aimait Ésaü, parce que la venaison était sa viande préférée; par contre, Rébecca aimait Jacob. — Or, un jour que Jacob faisait cuire un potage de lentilles, Esaü survint des champs, étant très fatigué. — Et il dit à Jacob: Donne-moi, je t’en prie, à manger de ce potage roux, parce que je suis harassé. C’est pour cela qu’on l’appela Edom. — Mais Jacob lui répondit: Vends-moi aujourd’hui ton droit d’aînesse. — Je me meurs de faim, repartit Ésaü; à quoi me servirait mon droit d’aînesse? — Et Jacob insista, disant: Jure-moi donc que tu y renonces. Et Esaü le lui jura, et ainsi il vendit son droit d’aînesse à Jacob. — Alors, Jacob donna à son frère du pain et le potage de lentilles. Et Ésaü mangea et but, puis il se leva et s’en alla, ayant dédaigné ainsi son droit d’aînesse.» (25:27-34)