Myriam entre chez François sans frapper et s’invite pour partager une tisane avec lui. Elle frissonne, François lui passe sur le dos une couverture de l’auberge, si rustique que des herbes séchées sont incrustées dans la laine. Depuis que les vêtements de laine et le coton hydrophile sont rationnés, une couverture comme celle de François, même si elle gratte la peau, est une denrée rare.
Myriam propose de préparer elle-même les herbes pour la tisane. Et, au moment de les ranger dans le placard, elle glisse le papier dans la boîte à gâteaux. Les premiers soirs, ses mains tremblent, à cause du froid, à cause de la peur.
Pendant la journée, elle s’entraîne à écrire les yeux fermés. De jour en jour, les messages deviennent plus lisibles. Désormais Myriam ne vit que pour ça, le bulletin du soir.
Au bout de deux semaines, François dit à Myriam :
— Je sais que tu écoutes la radio.
Myriam essaye de ne pas montrer son trouble. François ne devait pas être au courant.
C’est Jean qui lui a tout raconté. Pourquoi ? Pour protéger l’honneur de Myriam. Parce qu’un soir, Morenas lui a dit :
— Madame Picabia, elle vient me voir. Elle veut discuter. Parler. Tous les soirs.
— Elle est bien seule, la pauvre. Sans son mari.
— Tu crois que ?
— Que ?
— À ton avis.
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
— Tu crois qu’elle attend que je fasse le premier pas ?
François avait dit cela simplement, sans être grivois, mais parce que cette question le taraudait. Alors Jean s’était senti coupable. Il lui avait expliqué pourquoi Myriam venait à l’auberge tous les soirs. Il avait enfreint les règles du silence. Pour protéger le respect qu’on doit à une femme mariée.