— Pas forcément. Les singes pour la compagnie, le loup pour l’argent. Les combats illégaux de chiens, ça vous dit quelque chose ?

— Bien entendu.

— Un acheteur pense peut-être pouvoir dresser un alpha, lui limer les crocs et le faire passer pour un chien de combat. Ça s’est déjà vu au fin fond des pays slaves, il y a une vingtaine d’années. D’après les rumeurs, ces combats sanglants auraient repris en Allemagne et dans certains pays de l’Est.

Lucie imaginait les bêtes qui se déchiquetaient dans la moiteur d’une cale de navire, sous les clameurs de barbares. Des loups, poussés aux limites de leur férocité, attaqués par deux, trois chiens en même temps.

— Et en France ?

— Peu probable…

La thèse ne tenait pas debout. Que faire avec les wallabies volés au zoo de Maubeuge ? Des combats de boxe ?

— Reste-t-il d’autres options ? s’impatienta Lucie.

Van Boost laissa entrevoir les bijoux pendus à son cou. Des croix celtiques, un corbeau, le squelette de la Mort.

Mince, quelle idiote tu fais ! C’est un gothique ! Un papy qui fréquente les boîtes lugubres et les cimetières !

— Notre voleur a peut-être, comme nous tous, un visage caché, un goût prononcé pour l’obscur, le morbide…

La salive afflua sur la langue du brigadier.

— C’est-à-dire ?

— Je vais vous donner l’adresse d’un ami qui habite le Vieux Lille et lui demander de vous recevoir. Il vous fera visiter la « chambre »… Cela devrait vous mettre sur la voie…

— Me mettre sur la voie ? Arrêtez vos devinettes, bon Dieu ! La vie d’une jeune fille est en jeu !

— Voilà qui est intéressant ! S’agirait-il de la petite diabétique dont on parle à la télé ? Elle habite Dunkerque et vous aussi, étrangement… Tic-tac… Tic-tac… Si je comprends bien, son sort se trouve entre mes mains ?

Lucie serra les mâchoires. L’arrogance du vétérinaire lui sortait par les yeux. Van Boost dit finalement :

— Quel est votre péché mignon, mademoiselle, ce pour quoi vous vibrez secrètement ? Dès qu’on parle de sang, de corps mutilés, vos yeux s’allument, vos traits se lissent. Racontez-moi un peu… Donnant, donnant…

Lucie hésita… Il lui fallait de l’info, du concret. Donnant, donnant…

Tu l’auras cherché !

Elle lui exposa une partie de ses territoires secrets. Une partie seulement…

D’un coup, le gothique devint doux et conciliant, admiratif même. Il dit :

— Vous m’avez parlé d’une odeur de cuir tout à l’heure. Très forte, non ?

— Exact.

— Je pense qu’elle provient du tannage des peaux…

— Le tannage des peaux ?

— Vous avez peut-être face à vous un taxidermiste, un empailleur d’animaux à l’esprit particulièrement frappé, chère amie ! Allez chez Léon, vous comprendrez tout de suite ce que je veux dire…

— Vous le saviez ! Vous le saviez, depuis le début, n’est-ce pas ?

Il rabattit les pans de son trois-quarts à la manière d’une cape.

— Je pense que nous devrions nous revoir, fit-il. Nous avons énormément de choses en commun. Des choses… interdites…

— Je ne crois pas, non…

Van Boost agita sa langue entre ses canines avant d’ajouter :

— Vous voulez mon avis ? Vous avez en face de vous une veuve noire qui tue, déchire, mutile les mâles et glorifie les femelles au point de les rendre immortelles !

L’homme-morse leva la tête et imita le hurlement du loup. La meute prit le relais.

Un court instant, Lucie se demanda si le sang se remettrait à couler dans ses veines…

22.

L’air ne circulait plus dans la trachée de Vigo Nowak. Arraché des songes par une pression atroce sur la gorge, il crut sa dernière heure arrivée.

Il allait mourir.

La masse de cent kilos perchée au-dessus de lui relâcha son étreinte avant de s’écrouler dans un fauteuil.

Sylvain Coutteure, en larmes, se balançait d’avant en arrière avec la catatonie d’un autiste. Ses yeux gonflés semblaient à présent bien trop volumineux pour ses orbites, ses joues et son front luisaient de sueur, conférant à son visage l’aspect d’un masque de latex grossier.

Vigo porta les mains à la gorge.

— T’es malade ou quoi ! J’ai… failli avaler ma langue ! Qu’est-ce… qui te prend ? Comment… Comment t’es entré ?

— Ton double de clé dissimulé sous la jardinière, pauvre tache ! Tu n’as pas vu la télé ? Le journal de treize heures ? Non, bien sûr que non ! Monsieur roupillait !

— De… de quoi tu parles ?

Un marteau-pilon à cinq doigts frappa un accoudoir.

— De quoi je parle ? De quoi je parle ! Tu sais qui on a renversé ? Tu sais qui c’était, ce type avec son sac de sport bourré de billets ?

— Ne hurle pas comme ça ! Et calme-toi !

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