Après son réveil, Cathy mit cinq bonnes minutes pour retrouver ses esprits. Le flou d’une chambre qui n’était pas la sienne, le trouble d’un visage, dans son champ visuel. Une ronde d’images horribles, sous son crâne. L’enfer.

Elle finit par murmurer, la voix éraillée :

— Comment va Clara ?

David l’aida à se redresser dans son lit. Elle vacilla sur la gauche avant de retrouver un équilibre fragile, puis, de ses doigts tremblants, elle arracha un petit morceau de peau sur ses lèvres. Ses yeux avaient gonflé. Ils le piquaient douloureusement. Sa gorge était horriblement sèche.

— Oh, mon Dieu ! gémit-elle.

Aux pieds du lit à barreaux, Grin’ch était délicatement installé sur une couverture. David lui avait passé le bonnet troué, qui lui donnait son air de boxeur, et noué une écharpe autour du cou de manière à cacher la longue suture qui souriait d’une oreille à l’autre. Le porcelet reposait sur le flanc gauche. La disposition de ses babines lui donnait l’air heureux et insouciant. De sa peau brossée s’exhalait une agréable odeur de parfum, chassant la puanteur du formol.

— J’ai dit à Clara de ne pas faire de bruit, que Grin’ch se reposait parce qu’il partirait très bientôt pour un long voyage à travers la forêt, chuchota David.

Cathy se laissa tomber dans les bras de son mari, tandis que l’enfant s’approchait doucement du petit animal.

— Je n’arrive pas à croire qu’ils aient pu faire une chose pareille, chuchota Cathy en secouant la tête. Assassiner comme ça une pauvre bête. Cette Emma est un monstre... une cinglée.

— Arthur a acheté son geste, comme il nous a tous achetés.

— Tu savais, toi ? Tu savais qu’il en avait après Grin’ch ?

David lui enveloppa l’arrière du crâne de sa paume ouverte.

— Il m’en avait parlé, pas très longtemps après notre arrivée. Il était vraiment décidé... Je... J’aurais dû te prévenir... Éviter que vous ne vous y attachiez trop... Mais... j’ai eu peur... Peur que tout s’arrête...

— II... Il est fou David. Ce type est complètement fou. Et vicieux. Je...

Elle caressa sa cicatrice en boomerang. Ses gestes étaient encore approximatifs.

— Qu’est-ce qu’on va faire ? demanda-t-elle.

Il plaqua son front contre celui de sa femme.

— Demain, si le temps est clair, on se barre dès que le jour se lève. Toi, Adeline, moi et Clara. Je la prendrai dans le porte- bébé. On embarquera les raquettes, de l’eau, de la bouffe et des vêtements. Le 4x4 se trouve à une dizaine de kilomètres d’ici. On l’utilisera comme relais pour se réchauffer et se reposer. Une fois arrivés à la route, on s’abritera dans la voiture d’Emma en attendant que quelqu’un passe et nous dépose au village.

Il s’attendait à une réaction plus expansive. En face de lui, Cathy restait amorphe, comme éteinte.

— Les traces de pneus sont effacées, fît-elle. Avec ce qui est tombé dehors, on ne voit même plus le chemin, il n’y a que du blanc, à l’infini. On risque de se perdre. Et puis c’est dangereux. Ce... Ce malade qui traîne là, autour de nous.

Il la serra très fort contre lui.

— Écoute, j’ai réussi à rentrer en pleine tempête de neige. Il n’y a pas de raison qu’on n’y arrive pas dans l’autre sens. Et puis, je pense à un truc, on pourrait marquer notre progression... avec des morceaux de tissu... Comme ça, on pourra toujours revenir.

— Quinze kilomètres... avec ce froid... À quelle vitesse on avancera, raquettes aux pieds ? Trois kilomètres-heure ? Ça... ça ferait dix heures, aller-retour... Je ne sais pas si je vais y arriver...

— Ce n’est pas le moment de lâcher, Cathy ! Merde ! Tu étais boxeuse ! La meilleure ! C’est bien enfoui quelque part en toi, tout ça ? Il faut que tu te reposes, c’est tout.

Elle se recroquevilla.

— Je... J’ai l’impression que j’ai plus confiance en moi... Je...

— Tu y arriveras ! Il le faut ! Nous devons absolument partir d’ici. Emma est en train de débloquer. Elle... Je crois qu’elle est malade. Schizophrène, ou un truc dans le genre. Elle prend tout pour argent comptant. Elle amplifie tout jusqu’au délire. Sous l’effet de la colère, elle pourrait faire des bêtises.

Il baissa les yeux.

— Hier, quand je me suis perdu... J’ai... J’ai compris combien vous comptiez pour moi... Je ne veux plus jamais vous laisser... Je veux vous protéger. On va tout reprendre à zéro, d’accord ?

Elle fixait le pansement sur le pouce de David.

— Comment tu t’es fait ça ?

— Tu ne t’en souviens plus ?

— Je... Je sais plus...

— Ce n’est pas important. Dis-moi juste que demain tu me suivras.

— Je vais te suivre... C’est quand même fou qu’il nous faille une telle épreuve pour qu’on se rapproche.

Elle posa le nez sur son épaule, le serrant par la taille, puis releva la tête.

C’est alors qu’elle le vit.

Ses doigts se rétractèrent sur le dos musclé. Ses joues s’empourprèrent instantanément.

L’emballage des comprimés d’Exacyl était placé en évidence sur le dessus de l’armoire. Cet emballage qu’elle prenait toujours soin de plaquer contre le mur, bien au fond.

Elle bafouilla et posa une main sur sa tempe.

— Je crois que j’ai un vertige... Qu’est-ce... qu’il m’a injecté ?

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