Le passage n’était éclairé d’aucun puits et était complètement noir. Ils descendirent à tâtons les marches d’un long escalier, puis ils se retournèrent ; mais ils ne purent rien discerner hormis, loin au-dessus d’eux, la faible lueur du bâton du magicien. Il semblait encore monter la garde derrière la porte close. Frodo respirait bruyamment, appuyé contre Sam, qui passa ses bras autour de lui. Ils se tinrent là, scrutant les ténèbres au sommet de l’escalier. Frodo crut entendre la voix de Gandalf murmurant là-haut : des mots répercutés par le plafond incliné lui parvenaient en un soupir aux multiples échos. Il n’arrivait pas à les comprendre. Les murs paraissaient trembler. De loin en loin, les tambours vibraient et roulaient :
Soudain, en haut de l’escalier, vint un éclat de lumière blanche. Puis des bruits assourdis, un grondement et un lourd fracas. Les battements de tambour retentirent sauvagement :
« Bon, eh bien ! Me voici ! dit le magicien, se relevant avec peine. J’ai fait tout ce que j’ai pu. J’ai rencontré un adversaire à ma mesure, et j’ai failli être anéanti. Mais ne restez pas là ! Allez ! Vous devrez vous passer de lumière pendant quelque temps : je suis assez secoué. Allez ! Allez ! Où êtes-vous, Gimli ? Venez devant avec moi ! Suivez-nous, vous tous, et ne traînez pas ! »
Ils se hâtèrent derrière lui, se demandant ce qui s’était passé.
Au bout d’une heure, ils avaient parcouru un mille ou un peu plus, et descendu de nombreux escaliers. Toujours aucune trace de leurs poursuivants. Ils commençaient à espérer pouvoir s’échapper. Au bas du septième escalier, Gandalf s’arrêta.
« Il commence à faire chaud ! dit-il, haletant. Nous devrions être au niveau des Portes, à présent, sinon encore plus bas. Je crois qu’il nous faudra prendre à gauche à la première occasion pour aller vers l’est. J’espère que ce n’est pas loin. Je suis très fatigué. Je dois me reposer ici un moment – tous les orques jamais engendrés dussent-ils être à nos trousses. »
Gimli lui prit le bras et l’aida à s’asseoir dans les marches. « Que s’est-il passé là-haut à la porte ? demanda-t-il. Avez-vous rencontré le batteur de tambours ? »
« Je l’ignore, répondit Gandalf. Mais je me suis trouvé soudain confronté à quelque chose que je n’avais jamais rencontré. Je n’ai trouvé rien de mieux à faire que d’essayer de bloquer la porte avec un sort de fermeture. J’en connais plusieurs ; mais ce genre de chose demande du temps, si on veut qu’elle fonctionne, et la porte peut toujours être brisée par la force.
« Alors que je me tenais là, j’entendais des voix d’orques de l’autre côté : je craignais à tout moment qu’ils ne l’enfoncent. Je n’entendais pas ce qu’ils disaient ; ils semblaient parler dans leur horrible langue à eux. Je n’ai pu saisir qu’un seul mot,
« Je ne saurais dire ce qu’elle était, mais jamais je n’ai ressenti pareil défi. Le contre-sort était terrifiant. J’ai failli en être brisé. Pendant un instant, la porte a échappé à mon pouvoir et s’est mise à s’ouvrir ! J’ai dû prononcer un mot de Commandement. Mais la tension était trop grande : la porte a volé en éclats. Quelque chose, comme un nuage noir, empêchait toute lumière de passer, et j’ai été jeté à la renverse dans les escaliers. Tout le mur a cédé, et le plafond de la chambre aussi, je crois.
« Je crains que Balin ne soit profondément enterré, et quelque chose d’autre y est peut-être enseveli aussi. Je ne saurais le dire. Mais au moins, le passage derrière nous est complètement bloqué. Ah ! Je ne me suis jamais senti aussi épuisé, mais c’est en train de passer. Et vous, Frodo ? Je n’avais pas le temps de vous le dire, mais je n’ai jamais été aussi heureux que quand vous avez parlé. Je craignais qu’Aragorn n’ait tenu dans ses bras un hobbit courageux, mais un hobbit mort. »
« Moi ? dit Frodo. Je suis vivant et en un morceau, il me semble. Je suis meurtri de partout, et j’ai mal, mais ç’aurait pu être pire. »