La Compagnie fut saisie d’une terreur soudaine, et d’une horreur de la chambre. «
Gandalf leva la tête et regarda alentour. « Ils semblent avoir livré un dernier combat entre les deux portes, dit-il ; mais à ce stade, ils ne devaient plus être nombreux. Ainsi prit fin la tentative de reprendre la Moria ! C’était courageux mais insensé. Le temps n’est pas encore venu. Maintenant, je crains qu’il ne soit temps de dire adieu à Balin fils de Fundin. Il devra reposer ici, dans les salles de ses pères. Nous emporterons ce livre, le Livre de Mazarbul ; nous l’examinerons de plus près à un autre moment. Vous feriez mieux de le conserver, Gimli, et de le remettre à Dáin, si vous en avez l’occasion. Cela l’intéressera, même s’il en sera profondément chagriné. Venez, partons ! La matinée est déjà bien avancée. »
« Par où irons-nous ? » demanda Boromir.
« Par où nous sommes venus, répondit Gandalf. Mais nous n’avons pas visité cette salle en vain. Je sais maintenant où nous sommes. Ce doit être ici, comme le dit Gimli, la Chambre de Mazarbul ; et la salle que nous avons quittée doit être la vingt et unième de la section nord. Ainsi nous devons sortir par la grande arche du côté est de la salle, prendre à droite et au sud, et descendre. La Vingt et Unième Salle doit être au Septième Niveau, soit six au-dessus du niveau des Portes. Allons ! Retournons à la salle ! »
À peine Gandalf eut-il prononcé ces mots qu’un grand bruit retentit : un
« Ils arrivent ! » s’écria Legolas.
« Nous ne pouvons sortir », dit Gimli.
« Pris en souricière ! s’écria Gandalf. Pourquoi me suis-je attardé ? Nous voici piégés, exactement comme ils l’ont été. Mais je n’étais pas ici à ce moment-là. Nous verrons ce que… »
« Non ! dit Gandalf. Nous ne devons pas nous emprisonner. Gardez la porte de l’est entrouverte ! Nous nous sauverons par là, si l’occasion se présente. »
Une autre sonnerie de cor déchira l’air, accompagnée de cris stridents. Des pieds se bousculaient dans le corridor. Il y eut un tintement et un cliquetis d’épées tandis que la Compagnie dégainait. Glamdring brillait d’une pâle lumière, et les tranchants de Dard luisaient. Boromir appuya son épaule contre la porte ouest.
« Attendez un instant ! Ne la fermez pas tout de suite ! » dit Gandalf. Se précipitant au côté de Boromir, il se dressa de toute sa hauteur.
« Qui vient troubler céans le repos de Balin, Seigneur de Moria ? » cria-t-il d’une voix forte.
Il y eut un déluge de rires éraillés, comme une avalanche de pierres glissant dans une fosse ; au milieu des cris s’éleva une voix profonde, impérieuse.
D’un mouvement vif, Gandalf vint se placer devant l’entrebâillement de la porte et y passa son bâton. Il y eut un éclair éblouissant qui illumina la pièce, ainsi que le couloir derrière la porte. Le magicien jeta un rapide coup d’œil à travers l’ouverture. Des flèches crièrent et sifflèrent dans le corridor, et Gandalf se recula brusquement.
« Des Orques, dit-il, en très grand nombre. Et certains sont grands et mauvais : des Uruks noirs du Mordor. Pour le moment, ils restent en retrait, mais il y a là quelque chose d’autre. Un grand troll des cavernes, je pense, ou plusieurs. Il n’y a aucun espoir de s’échapper de ce côté. »
« Et aucun espoir du tout, s’ils viennent aussi à l’autre porte », dit Boromir.
« Il n’y a encore aucun son de ce côté-ci, dit Aragorn debout près de la porte est, l’oreille tendue. Cette issue plonge tout droit dans un escalier : elle ne mène visiblement pas à la salle. Mais rien ne sert de nous sauver par là en aveugle, alors que nous sommes talonnés. La porte ne peut être bloquée. La clef a disparu, la serrure est brisée, et elle s’ouvre vers l’intérieur. Il faut d’abord essayer de contrecarrer l’ennemi. Nous allons leur faire redouter la Chambre de Mazarbul ! » dit-il gravement, tâtant le fil de son épée, Andúril.