« Nous sommes des hobbits du Pays-de-Bouc, et nous avons envie de voir du pays et de séjourner ici à l’auberge, intervint Merry. Je suis M. Brandibouc. Cela vous suffit-il ? Il fut un temps où les Gens de Brie avaient toujours une parole courtoise pour les voyageurs, me suis-je laissé dire. »

« C’est bon, c’est bon ! dit l’homme. Je ne voulais pas vous vexer. Mais vous vous apercevrez peut-être que le vieux Harry de la porte n’est pas le seul à poser des questions. Il y a des gens bizarres dans le coin. Si vous continuez jusqu’au Poney, vous verrez que vous n’êtes pas les seuls clients. »

Il leur souhaita une bonne soirée, ce qui mit fin à la conversation ; mais Frodo put voir, à la lueur de la lanterne, que l’homme continuait de les dévisager d’un œil inquisiteur. Il ne fut pas mécontent d’entendre la porte se refermer derrière eux au moment où ils se remettaient en chemin. Il se demanda pourquoi le gardien était si méfiant, et si quelqu’un était venu demander des nouvelles d’un groupe de hobbits. Gandalf, peut-être ? Il avait pu arriver ici pendant qu’ils étaient retenus dans la Forêt et sur les Coteaux. Mais quelque chose dans le regard et dans la voix du gardien le troublait.

L’homme continua de les suivre du regard, mais au bout d’un moment il regagna son pavillon. Sitôt qu’il eut le dos tourné, une forme sombre grimpa vivement par-dessus la porte et se fondit dans les ombres de la rue du village.

Les hobbits gravirent une pente douce, passèrent quelques maisons isolées et arrêtèrent leurs montures devant l’auberge. Ces maisons leur paraissaient étranges, de taille démesurée. Sam, levant le regard vers l’auberge, avec ses trois étages et ses nombreuses fenêtres, sentit son cœur se serrer. Il s’était imaginé rencontrer, à un moment ou à un autre, des géants plus grands que les arbres, et d’autres créatures encore plus terrifiantes, au cours de son voyage ; mais pour l’heure, cet avant-goût des Hommes et de leurs grandes maisons lui semblait bien assez, peut-être même un peu trop après une journée aussi fatigante, à la nuit tombée. Il se représenta des chevaux noirs, entièrement sellés et bridés, tapis dans la cour de l’auberge, et des Cavaliers Noirs les épiant à l’étage, derrière les sombres fenêtres.

« Me dites pas que c’est ici qu’on va passer la nuit, hein, m’sieur ? s’exclama-t-il. S’il y a des hobbits dans les parages, pourquoi on n’irait pas en trouver qui voudraient nous héberger ? Ce serait plus comme cheu nous. »

« Qu’est-ce qu’elle a, l’auberge ? dit Frodo. Tom Bombadil l’a recommandée. Je suis sûr qu’on s’y sentira comme chez nous une fois entrés. »

Même vue de dehors, l’auberge était assez agréable pour qui en avait l’habitude. Sa façade donnait sur la Route, et deux ailes partaient en arrière sur un terrain partiellement excavé dans les basses pentes de la colline, de sorte qu’au dos de l’édifice, les fenêtres du deuxième étage se trouvaient au niveau du sol. Une grande arche donnait accès à une cour entre les deux ailes, et sous cette arche, sur la gauche, s’ouvrait une grande porte en haut de quelques larges marches. La porte était ouverte et un flot de lumière en sortait. Au-dessus de l’arche se trouvait une lampe, sous laquelle se balançait une grande enseigne : un poney blanc et gras dressé sur ses pattes de derrière. Sur le linteau de la porte se lisait une inscription en lettres blanches : LE PONEY FRINGANT chez FILIBERT FLEURDEBEURRE. Plusieurs des fenêtres d’en bas laissaient voir de la lumière derrière d’épais rideaux.

Tandis qu’ils hésitaient dehors dans la pénombre, quelqu’un au-dedans entonna une joyeuse chanson, et de nombreuses voix se joignirent à lui en un chœur enthousiaste. Ils écoutèrent un moment ce son engageant, puis descendirent de leurs poneys. La chanson prit fin en une explosion de rires et d’applaudissements.

Ils menèrent leurs poneys sous l’arche et, les laissant dans la cour, gravirent les marches à l’entrée. Frodo s’avança et manqua de se cogner contre un homme court et gras, au crâne chauve et au visage rubicond. Il portait un tablier blanc et se hâtait d’une porte à l’autre avec un plateau chargé de chopes remplies à ras bord.

« Pourrions-nous… », commença Frodo.

« Une petite minute, je vous prie ! » cria l’homme par-dessus son épaule, disparaissant dans un brouhaha de voix et un nuage de fumée. Un instant plus tard il ressortait, s’essuyant les mains sur son tablier.

« Bonsoir, petit maître ! dit-il en se penchant. Que cherchez-vous, dites-moi ? »

« Des lits pour quatre personnes, et de la place pour cinq poneys à l’écurie, si possible. Vous êtes M. Fleurdebeurre ? »

« C’est exact ! Mon nom est Filibert. Filibert Fleurdebeurre, à votre service ! Vous êtes du Comté, hein ? » fit-il ; et soudain il se tapa le front comme pour se rappeler quelque chose. « Des Hobbits ! s’écria-t-il. Voyons, à quoi ça me fait penser ? Puis-je vous demander vos noms, messieurs ? »

« M. Touc et M. Brandibouc, dit Frodo ; et voici Sam Gamgie. Mon nom est Souscolline. »

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