Alors il se détourna, lança son chapeau dans les airs, sauta sur le dos de Nigaud et s’en fut par-dessus le talus, chantant dans le crépuscule.
Les hobbits y grimpèrent et le suivirent du regard jusqu’à ce qu’il soit hors de vue.
« Ça me fait quelque chose de prendre congé de maître Bombadil, dit Sam. C’est un sacré numéro, ça y a pas d’erreur. J’ai idée qu’on pourrait aller loin sans rencontrer personne de mieux, ni de plus bizarre. Mais j’avoue que je serai pas fâché de voir ce
« Il y a des hobbits à Brie, dit Merry, et aussi des Grandes Gens. Je pense que ce sera assez comme chez nous. Le
« Même si elle a tout pour plaire, dit Frodo, l’auberge n’en est pas moins à l’extérieur du Comté. Ne faites pas trop comme chez vous ! De grâce, souvenez-vous – vous tous – que le nom de Bessac ne doit PAS être mentionné. Je suis M. Souscolline, s’il faut donner un nom. »
Ils montèrent alors leurs poneys et chevauchèrent en silence dans le soir tombant. L’obscurité vint rapidement tandis qu’ils descendaient, puis remontaient lentement les côtes, jusqu’à ce qu’enfin ils voient scintiller des lumières à quelque distance en avant.
La Colline de Brie se dressait devant eux et leur barrait la route, telle une masse sombre se détachant sur des étoiles brumeuses ; sous son versant ouest nichait un gros bourg. Ils se hâtèrent alors vers celui-ci avec la seule envie d’y trouver un feu, et de mettre une porte entre eux et la nuit.
9À l’enseigne du Poney Fringant
Brie était le principal village du Pays-de-Brie, petite région habitée, telle une île au milieu des terres vides qui l’entouraient. En plus de Brie proprement dit, il y avait le village de Raccard de l’autre côté de la colline, celui de Combe dans une profonde vallée un peu plus à l’ouest, et celui d’Archètes à l’orée du Bois de Chètes. Autour de la Colline de Brie et de ses villages s’étendait une région de terres cultivées et faiblement boisées d’à peine quelques milles de large.
Les Hommes de Brie, bruns de cheveux, larges d’épaules et plutôt courts de taille, étaient d’une nature enjouée et indépendante : ils n’appartenaient qu’à eux-mêmes, mais ils étaient généralement plus ouverts et plus accueillants envers les Hobbits, les Nains, les Elfes et les autres peuples du monde autour d’eux, que ne l’étaient (ou ne le sont) d’ordinaire les Grandes Gens. S’il faut en croire leurs propres récits, ils étaient les tout premiers habitants de la région, et descendaient des premiers Hommes à s’être jamais aventurés dans l’Ouest du monde du milieu. Peu d’entre eux avaient survécu aux troubles des Jours Anciens ; mais quand les Rois avaient retraversé la Grande Mer, ils avaient trouvé les Hommes de Brie au même endroit ; et leurs descendants s’y trouvaient encore à présent, alors que le souvenir des Rois était disparu sous les herbes.
À cette époque, aucun autre groupe d’Hommes n’avait d’habitations permanentes aussi loin à l’ouest, ou à moins de cent lieues du Comté. Mais dans les terres sauvages au-delà de Brie erraient de mystérieux vagabonds. Les Gens de Brie les nommaient Coureurs et ne savaient rien de leurs origines. Ils étaient plus grands et plus sombres que les Hommes de Brie, et on leur prêtait d’étranges pouvoirs de vision et d’ouïe, et la faculté de comprendre les langues des bêtes et des oiseaux. Ils erraient à loisir dans les régions du sud, et pouvaient même se rendre à l’est, jusqu’aux Montagnes de Brume ; mais ils étaient désormais peu nombreux et on les voyait rarement. Quand ils apparaissaient, ils rapportaient des nouvelles de loin et racontaient d’étranges histoires oubliées auxquelles on prêtait une oreille attentive ; mais les Gens de Brie ne les prenaient pas comme amis.
Le Pays-de-Brie comptait également de nombreuses familles de hobbits ; et